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9 juin 2008 : après moult péripéties je quitte la Bretagne nantaise pour un hébergement à la Résidence Foulsafat de l'île Rodrigues, dans l'océan Indien : celle du chercheur d'or de Le Clézio, le nouveau prix Nobel de littérature. Je raconte, à Rodrigues, la construction d'une fontaine et milles autres péripéties de l'océan Indien à la Bretagne, du pays basque et de l'Alsace à la Bretagne.
Je serai à jamais, seul,
sur une île sans nom,
dans un océan sans fond
La mer y sera mon linceul
Je passerai mes jours
à ne rien faire du tout,
par obligation et par goût,
de mes pensées folâtres, je suivrai les détours
Je passerai mes nuits,
les yeux au firmament,
allongé sur le dos et comptant
les étoiles qui s'ennuient
Je n'aurai pas de roi
Je n'aurai pas de dieu ;
Aucun maître en ces lieux,
pas de foi, pas de loi !
Le temps sera l'espace
entre moi et l'azur
j'éclaterai d'un rire si pur
que le ciel en gardera les traces
Ni amour, ni passion
en ces lieux sans haine,
Pas de deuil, pas de peine,
ni rime, ni raison
Rien que la vie et le chant des oiseaux
Rien que le temps et le rire des étoiles
Rien que l'espace et un ciel bleu sans voile
Rien que Nature et l'Émile de Rousseau
Je vivrai là mille ans d'un bonheur ineffable,
éternel embryon de ma Dame Nature,
j'aspirerai les sucs d'énormes fruits matures
dont, tous les jours, elle garnira ma table
mercredi 27 août 2008:
bougainvilliers à la Résidence Foulsafat
Rédigé le samedi 30 août
petite introduction
Pour ceux qui seraient tentés de croire que je passe mon temps pencher sur le jardin de la fontaine, voici rapidement mon emploi du temps de la semaine en cours.
Lundi, toute la journée je suis avec Marsel à marcher entre Jean Tac et Baie du Nord. Nous n'atteindrons jamais de cette façon l'îlot Cocos, terre promise par un prophète incompétent !
Mardi : je vais avec Fred chercher les sacs de ciment et de nourriture pour animaux. Puis, l'après-midi, nous finissons le track road.
Mercredi : le matin je vais à camp du Roi, au centre Frère Rémi, pour des entretiens avec trois jeunes. Je discute avec Verlaine, la directrice, d'un projet de formation pour des personnes ayant déjà une expérience professionnelle dans le domaine éducatif, social ou sanitaire ; il s'agirait d'une formation à l'écoute individuelle et au soutien psychologique sur deux années. Le financement peut sans doute être demandé aux fonds européens. À travailler.
Au retour à pied, dans Port Mathurin, j'entends une voix m'appeler. Non, ce ne sont pas des hallucinations, c'est Alex qui vient de déménager là, dans l'une des maisonnettes du centre Carrefour. Évelyne est là aussi et me demande si j'ai apporté mon caméscope. Je transfère donc ce que je filmé de la fête de l'ordination sur l'ordinateur d'Alex. Je rentre à pied à Jean Tac car je fais le trajet toujours plus vite que le bus.
En début d'après-midi, Fred m'appelle pour me montrer, au-delà de la barrière des récifs, les remous dans la mer : c'est la danses des baleines qui sont maintenant de passage au large de Rodrigues. Depuis plusieurs années, elles sont de retour et fidèles au rendez-vous. Je vais pour chercher Evelyne, mais elle dort dans la chambre, malade avec de la fièvre.
L'après-midi, c'est la fête du cinquantenaire de mariage des parents de Benoît que je raconte à la suite.
Jeudi, enfin je peux me remettre à travailler à la fontaine. Je vais aussi trop rapidement, dire au revoir à un ami qui quitte Rodrigues.
Vendredi : je vais beaucoup progresser dans la fontaine car je peux enfin y travailler toute la journée. Encore une ou deux journées comme celle-là et cette "fameuse" fontaine est finie.
Samedi : je commence par accompagner Benoît et Evelyne au marché de Port Mathurin, puis c'est un entretien de soutien psychologique avec une personne, ensuite avec Marsel nous travaillons sur la façon de construire un blog. Je prends quelques minutes pour nettoyer la fontaine et il me faut manger en bas pied avant que le transport ne vienne me chercher pour aller à Mont Lubin au centre d'alcoologie du Paille en Queue afin d'y animer une formation sur les thérapies pour les alcooliques.
journée du mercredi 27
matin :
Camp du Roi
Ce matin je vais au centre Frère Rémi, pour des entretiens avec trois jeunes. Un fait m'étonne : deux jeunes viennent me voir en me disant qu'ils n'avaient pas envie de venir mais que la miss, entendez Verlaine, la directrice, leur a dit de venir. Ces deux entretiens sont donc brefs. Celui avec une jeune fille sera plus long. Elle souhaite ces entretiens et je lui a proposé de faire un bilan avec elle pour voir "comment fonctionne son intelligence". En fait je vais faire un examen rapide de ces acquisitions scolaires dans les matières essentielles : la lecture, l'écriture, le calcul et ses capacités de mémorisation d'un dessin abstrait. J'en arrive à la conclusion que c'est une jeune qui a une intelligence normale mais avec un énorme déficit scolaire : elle est donc susceptible de pouvoir encore se perfectionner. Vraisemblablement, elle aurait eu une aide individualisée au moment où elle s'est trouvée affrontée à ses difficultés scolaires elle n'aurait peut-être pas décroché de l'apprentissage scolaire.
Quand je demanderai à Verlaine ce qu'elle a dit aux jeunes, elle me répond qu'elle leur a seulement demandé s'ils voulaient continuer à venir me voir. L'interrogation a eu valeur d'ordre pour ces deux jeunes.
Projet de formation à la psychologie :
Je discute alors avec Verlaine, la directrice, d'un projet que j'ai déjà formulé à Benoît. Le manque de psychologue est évident dans cette île. Ce n'est pas ma présence ni la présence aléatoire et épisodique d'un psychologue "du gouvernement", une fois tous les trois mois, qui peut répondre aux besoins que l'on m'a formulé, à ceux que je peux comprendre et aux quelques demandes spécifiques que l'on m'a faite. Il faut plus, en proposant une formation sur place, ici dans Rodrigues.
Globalement ce projet de formation serait destiné à des personnes ayant déjà une expérience professionnelle dans le domaine éducatif, social ou sanitaire. Ce serait une formation à l'écoute individuelle et au soutien psychologique sur deux années. Ce projet devrait être porté par différentes structures, ONG, établissements scolaire, éducatif et rééducatif et les mouvements religieux qui ont ici une place importante dans l'identité rodriguaise . Son financement pourrait sans doute être demandé au Fonds Européens de Développement, dans le cadre de son appui aux Micro Projets pour l'Allégement de la Pauvreté. "Qu'en termes galants ces choses-là sont dites !". Ce projet est à travailler en commençant par réunir les "forces vives" qui pourraient le soutenir.
Je reviens à pied et quand je passe dans une rue de Port Mathurin, j'entends une voix m'appeler. Non, ce ne sont pas des hallucinations, c'est Alex qui vient de déménager là, dans l'une des maisonnettes du centre Carrefour. Évelyne est là aussi et me demande si j'ai apporté mon caméscope. Je transfère donc ce que je filmé de la fête de l'ordination sur l'ordinateur d'Alex.
après-midi :
Passage des baleines
.Après le repas, Fred m'appelle pour me montrer, au-delà de la barrière des récifs, les remous dans la mer : c'est la danse des baleines qui sont maintenant de passage au large de Rodrigues. Depuis quelques années, elles sont de retour et fidèles au rendez-vous. Le spectacle est très lointain mais de temps en temps assez distinctement on peut apercevoir le corps et les nageoires d'un énorme poisson qui sort de l'eau.
fête du cinquantenaire
C'est le cinquantenaire du mariage d'Augustin et d'Irène les parents de Benoît et de six autres enfants. Comme très souvent à Rodrigues cela commence par une cérémonie religieuse, d'autant plus qu'un second couple fête le même cinquantenaire et qu'un autre couple plus jeune celui-là, se marie. Je filme la cérémonie ce qui m'amène à vraiment regretter mon ancien caméscope. Alors que j'ai encore de la place pour filmer, la batterie est épuisée et je n'ai pas pensé à apporter le chargeur, car mon autre caméscope avait beaucoup plus d'autonomie. Il faudra que je m'y habitue.
La fête se continue pour tous les membres de la famille Jolicœur à Brûlé dans la maison des parents Jolicœur. Une grande "salle verte" a été aménagée les jours précédents. Des gros bambous partent du sommet de lacaze et couvrent toute la cour cimentée en soutenant une grande bâche. La pluie peut tomber ou le soleil cogner fort, tou dimoun est à l'abri.
La famille et les invités sont invités à s'asseoir autour des tables et les premiers gadjacks arrivent déjà servis par les enfants, beaux frères et belles sœurs. Les gadjacks sont des petits morceaux de viande, de poulets ou de poisson, souvent frits qui peuvent se manger n'importe quand durant la journée pour accompagner un verre de rhum ou une autre boisson. Entre autres ce soir il y a du "cosson" au riz rouge : ce sont des petits morceaux de porc cuits avec quelques grains d'un riz spécial qui colore la viande en rouge clair. Puis, c'est le plat principal, une assiette de riz cuit avec plusieurs ingrédients dont l'un donne son nom à ce plat. Sur la table il y a un nombre important de boisson différente : rhum, whisky, coca-cola, Sprite, jus de fruit et exceptionnellement ce soir du vin.
Une sono a été installée et elle diffuse en permanence séga, chansons en français, en anglais mais surtout en créole. Avant le dessert, les tables sont écartées sur les bords et les couples se mettent à danser. Comme toujours ce sont les danses de Rodrigues qui rencontrent le plus de succès. Ces danses sont nées de deux influences : il y a les danses dont l'origine est française et en particulier bretonne. Certains airs sont identiques à nos airs bretons : scotiss, mazork, polka bébé ou autres polkas. Les danses qui obtiennent le plus de succès sont les danses au séga tambour directement originaires d'Afrique ou de Madagascar. L'énergie déployée pour les danser doit suffire à éliminer à elles seules tous les petits excès faits, comme partout dans le monde, durant ces repas de fête.
Le calme revient pour la "cérémonie" du gâteau. Une grande pièce montée est à la table des "mariés" cinquantenaires. Toute l'assistance se regroupe autour. Cela commence par la distribution d'un verre de jus de fruit pétillant que l'on nomme "champagne" et cela se continue par le plantage d'un grand couteau enrubanné dans le gâteau par les "mariés", sous les flashes des appareils photos et les applaudissements. Avec plus ou moins de solennité, les anniversaires se déroulent de cette façon.
Les danses vont se continuer tard dans la nuit. Pendant ce temps-là Évelyne se tient à l'écart, dans un fauteuil dans lacaze car la fièvre et la maladie l'empêche de profiter de la fête où elle a tenu à venir malgré tout.
Rédigé le jeudi 28 août
matin :
Un transport de Discovery Rodrigues vient chercher Marsel qui part, sans moi, pour l'ilot cocos en espérant que cette fois-ci, il pourra photographier les oiseaux de la réserve "interdite" aux simples mortels.
Avec Fred, je vais à Port Mathurin chercher le ciment, dans l'enceinte du port. Il arrive par conteneurs et voitures et camions sont filtrés à l'entrée ce qui explique les files d'attente lorsque le bateau vient juste d'arriver. Aujourd'hui, nous passons très rapidement, de plus, le port a fait l'acquisition d'un monte-charge pour les 50 kg que font les sacs de ciment. Dur, dur, le métier de porteur ! Nous prenons aussi dans une boutique une demi-douzaine de sacs de maïs et de céréales pour volailles. Fred m'apprend alors qu'il s'est sans doute fait une déchirure ou une élongation musculaire en portant les troncs de palmiers qui ont servi à la décoration de la cérémonie d'ordination. Le médecin lui a recommandé de ne pas porter de charges lourdes !
De retour à Jean Tac, je transporte les sacs et je prépare les coffrages pour faire le track-road que nous allons enfin pouvoir finir dans l'après-midi.
après-midi :
Marsel revient le soir, avec une tête où se lit la déception et le découragement devant l'incompétence humaine. Il n'a pas pu aller dans la partie réservée aux non touristes car la même personne qui lui a délivrée la fameuse autorisation lui apprend, une fois sur l'îlot Cocos, qu'il aurait dû demander, en plus, de surcroît et nonobstant, une autorisation au ministère de l'agriculture qui gère cette partie de l'îlot ! Sans commentaire !
Rodrigues
Un prénom dans mon cœur résonne tendrement
D'autres prénoms y laissent un triste engendrement
D'images noires, mornes comme le deuil
À la margelle d'un puits ou bien sur le seuil
D'une maison sans huis d'où le bonheur a fui
Emportant, en partant, mon bonheur avec lui.
Ce prénom tendre et clair sonne joyeusement
Perle d'eau de cristal coulant soyeusement
Entre les doigts menus d'un enfant médusé
Dont le rire soudain retentit amusé
En voyant fuir ce filet d'eau si bienséant
Qui manque tant dans ce pays de l'océan.
Ce prénom carillonne aux matins des amants
Un vent du fond des temps en soufflant ardemment
Gifle l'embrun salé dans l'air de Trou d'Argent.
La vague est enragée. Puis tout en déchargeant
Ses énormes rouleaux, un fort ressac étale
Ses flots d'écume blanche en sa hargne brutale.
Ce prénom vibre en résistant gaillardement
Aux cyclones déments. Dans son chambardement,
Il courbe les palmiers, casse leur frondaison,
Brise les bâtiments, emporte les maisons.
Le rodriguais doit se terrer dans "so lacaze"
Vivant des coups du temps, les terribles ukases.
Ce prénom lumineux, mélodieusement
Joue en moi ses refrains harmonieusement
Le vent des alizés siffle sa mélodie
Et chacun, étonné, à son tour la redit.
Cette île n'est que joie, chacun la chante et danse.
Cette source d'émoi est un bien d'abondance.
Rodrigues ! C’est l’île au nom joyeux comme gigue.