jeudi 31 juillet 2008

pêche au moules et panne de courant

vendredi 25 juillet :

Rédigé le jeudi 31 juillet...

matin :

C'est pêche aux moules avec 3 couples de clients. Avec les enfants ce sont onze personnes qui s'élancent dans le lagon vers le ressac pour pêcher les moules ensablées. Il ne faut pas confondre avec les portugaises ensablées. La marée est trop haute pour bien faire. C'est le dernier jour où ce genre de pêche est possible, il faudra attendre des marées plus favorables. Nous revenons cependant avec une pêche suffisante pour préparer une bonne entrée ce soir.

après-midi :

Je place les roches plates qui vont servir à faire la cuvette de la petite cascade. Ces roches vont s'étager en plans successifs pour aboutir à la chute finale dans les eaux du bassin inférieur. Lorsque c'est fini, je vais faire un tour chez l'ami Jean-Pierre.

Le soir c'est pluie et grand vent alors que nous finissons le repas sous la varangue. Depuis une semaine, nous sommes habitués à ce régime : soleil avec quelques rares et petites ondées rafraîchissantes dans la journée et le soir commence pour toute la nuit, pluie et vent fort des alizés. Ils sont "perturbés", les pauvres, dit régulièrement le bulletin de la météo, par un anticyclone, non pas sur les Açores mais au Sud de l'archipel des Mascareignes. Ici les anticyclones amènent des alizés perturbés. Benoît est parti à une réunion pour la soirée.?

Brusquement, alors que nous restons encore à discuter après le dessert, une coupure de courant se produit ! Il n'y a qu'une lampe torche pour toute la maisonnée ! (Tiens faut que je demande d'en apporter une de chez nous ! Elle qui me dit qu'elle ne peut même plus glisser une lame de rasoir dans ses bagages tellement ils sont pleins !)

Que faire sans lumière ? Les enfants les plus jeunes commencent à pleurer, mais ils se consolent, vite pris sur les genoux de leur maman. On cherche, on tâtonne, visiblement, cela se produit peu souvent maintenant et Benoît n'est pas là, pour mettre en marche la génératrice de dépannage. Bertrand et David sont descendus. David astucieux, pense à allumer un tourillon contre les moustiques. J'avais commencé à écrire "taurillon" : je ne suis pas sûr que le taurillon contre les moustiques soient efficaces. L'inverse oui ! Bref nous avons un éclairage faible mais suffisant pour se rendre dans le garage où Bertrand a déjà trouvé des bougies et les allume. Alors, à trois, nous essayons de mettre en marche cette fameuse génératrice. Les garçons savent un certain nombre de choses mais c'est Benoît qui fait et eux viennent l'aider. Aujourd'hui, c'est à eux de mettre l'engin en marche. Ils savent où brancher la prise mais le problème c'est de faire démarrer cette foutue machine, car bien sûr, vous l'avez déjà deviné, elle ne marche pas à l'électricité mais à l'essence et il faut le démarrer, ce moteur, au lanceur ; comme une tondeuse à gazon ou une débroussailleuse. Mais, vous en avez déjà fait l'expérience, ces tristes engins ne démarrent jamais au moment où on en a le plus besoin. Bertrand tient le chariot, David a déjà essayé mais cela ne démarre pas. Je cherche l'existence d'une pompe pour amorcer le carburant bien présent dans l'appareil. Je n'en trouve pas et je prends le relais de David sans plus de succès. Il reprend à son tour le cordon et deux essais plus tard, le moteur démarre. Cela fait plus de cinq minutes que nous escrimons et la lumière de remplacement arrive enfin. Cependant, cela n'éclaire que la maison familiale et non les différents gîtes. Heureusement, le retour du courant est rapide et les enfants n'ont pas longtemps à attendre pour rejoindre leur lit et rêver de cette île où, tels des aventuriers, tous les jours, ils sont confrontés à une aventure différente.

En ce moment, la grande occupation des quatre enfants, de retour à la Résidence, est de donner à manger aux trois tortues. L'une d'elle a même poursuivi l'une des filles car elle voulait manger ses chaussures rouges. Il faut dire que les foulsafats, que sont les hibiscus créoles, sont très souvent rouges et que j'ai eu la "bonne idée" de dire aux enfants que les tortues raffolaient de ces fleurs. Ils essayaient, jusque là, de les gaver, sans trop de succès, de peau de petits limons, en abondance ici. Depuis mon information, c'est razzia sur les foulsafats qui, à peine éclos, se retrouvent entre les dents des tortues. Il n'y a pratiquement plus de pied de foulsafat en fleurs à la Résidence, les enfants ont eu vite fait de repérer tous ceux qui pouvaient en donner.

la solitude du bétonneur

jeudi 24 juillet :

matin :

Je me retrouve seul aujourd'hui à travailler et je termine le creusement du bassin de la fontaine.

après-midi :

Je fabrique en ciment la dalle qui servira à recevoir la cuvette en roche dans laquelle la petite chute d'eau doit s'écouler sans fuir. Un socle en béton, une couche de protection par un filet plastifié, un film en plastique étanche une autre couche de filet plastifié en protection et pour finir une autre couche de ciment. Ce sandwich roboratif devrait se révéler efficace pour garantir que le film en plastique ne se percera pas par les graviers pointus, appelés ici macadam et que le tout ne fuira plus.

le dalot musicien

mercredi 23 juillet :

matin :

L'un des jeunes stagiaires, pas très courageux, a prétexté hier que ce n'était pas le genre de stage qu'il voulait et Antoinette lui a demandé de ne pas revenir. Il ne reste donc plus qu'un seul stagiaire rescapé, Damien qui, malgré son jeune âge, ne rechigne pas à l'ouvrage, à son rythme mais de façon efficace. Ce matin, il "fouille" pour préparer le trou du bassin. De temps en temps , il joue avec Greg, l'ouvrier le plus jeune et le plus efficace.

après-midi :

Un des dalots qui borde la varangue est mal positionné et laisse passer l'eau qui se répand alors sur la terrasse. Je monte sur le toit pour constater trois raisons au problème. Musicienne, la planche a pris du chant.

Si vous taper, dans Google, cette expression pour savoir comment l'écrire vous trouverez cette remarque : définition champ dans le dictionnaire MEDIADICO : C'est chant qu'il faut écrire ; et l'Académie devrait rectifier cette grosse faute de l'usage. ÉTYMOLOGIE. Norm. de cant, de côté ; wallon, can, le côté, ...

http://dictionnaire.mediadico.com/traduction/dictionnaire.asp/definition/champ/2007 - 121k –

Mais le lien activé, je n'ai pas retrouvé cette remarque. Serez-vous plus perspicace que moi ? Ce sidi Marcel, je m'éloigne de mon sujet.

La seconde raison est que le dalot s'est aussi déformé en s'éloignant du chant de la planche. Encore une fausse ou une mauvaise note. La troisième, qui paraissait la plus évidente au départ, est que la jonction entre deux parties du dalot est mal faite. Avec le temps, la colle utilisée pour les maintenir, en mauvaise musicienne, a joué la fille de l'air. Nous sommes décidément dans une maison musicienne. C'est d'ailleurs le cas plusieurs soirs par semaine puisque Bertrand en compagnie de ses copains "musiqueux", répète, au sous-sol et en clef de sol, pendant que nous mangeons à l'étage au-dessus. Je m'éloigne toujours de mon sujet.


Je suis donc monté encore un ton au-dessus, c'est-à-dire sur le toit de tôle pour réparer. Une bride en bois pour rectifier le mauvais chant de la planche qui tient le dalot, quelques tours de vis, de la colle à filasse, un peu de filasse et cela ne fuit plus.

mercredi 30 juillet 2008

La fontaine en construction

La fontaine du cœur et les différentes phases de sa réparation


Je vous dois mille excuses pour la quasi absence de nouvelles sur ce blog. L'une des raisons en est que je me suis mis à fond dans la reconstruction de la fontaine et que j'ai délaissé quelques autres choses que je devrais faire aussi.

Pour essayer de me faire pardonner voici quelques photos de la transformation de ce monument à classer au patrimoine mondial de l'Unesco.

Coup de chance ou de malchance ? Ce matin, pour ne pas se faire oublier, le vent et la pluie sont de la partie. Panne de courant en plein travail non sauvegardé ! Plus de possibilité de le faire par manque de connexion à Internet. Heureusement, la panne a été de courte durée et la batterie de mon vieil ordi a pu tenir le coup sans défaillance.

Fontaine avant reconstruction



vue d'ensemble, la fontaine est à l'extrême droite recouverte d'une végétation luxuriante.
les roches sont recouvertes par les plantes



la cascade et sa grosse roche trouvée à Rivière Banane
et vue d'une des petites cascades

Deuxième phase : démolition et réparation


début de démolition des bordures du canal.


début du creusement du bassin devant la fontaine.


le devant de la cascade est envahi des roches enlevées lors de la démolition partielle de la petite rivière

troisième phase : reconstruction



ferraillage du bassin : tout est fait pour un efficacité maximum avec le minimum de frais engagés.
Une partie des fers est récupérée. Ceci peut expliquer l'aspect bizarre de l'ouvrage.



la première couche de béton est posée dans le bassin et dans les deux anciens canaux.



le nouvel écoulement de l'eau devant la petite cascade et
le côté gauche du jardin en phase de réaménagement.

les bâtisseurs


grégory devant la roche plate. Il a besoin d'un bon coup de main


Bertrand et Fred : les hommes indispensables

dimanche 27 juillet 2008

Envoi de mise à jour par courriel

Jean Tac est près de Caverne Provert, dans cet endroit où un "ancêtre" de Le Clézio passa de nombreuses années à rechercher un trésor. Lisez le "chercheur d'or" et "voyage à Rodrigues" (je cite les deux titres de mémoire) , et vous comprendrez, en partie, pourquoi Rodrigues est si attachante.

Ce petit texte est pour me faire pardonner auprès de JYLS, avec les photos que je viens d'ajouter sur ce blog !


le chercheur d'or

Je suis un chercheur d'or,

malheureux, indomptable,

affrontant milles morts,

mille fins redoutables.

je scrute les recoins

les plus impénétrables,

guidé par un besoin

tyrannique insatiable.


J'ai envie, ma déesse,

Cosette misérable,

de posséder richesses

et joyaux admirables

qu'à ton cou je mettrai,

parure inestimable,

pour orner ta beauté

immense, incomparable.


Je traverse le monde,

mendiant errant, infatigable,

en cherchant à la ronde

des traces inéluctables

d'une pépite d'or,

aux finesses impalpables,

Pour recouvrir ton corps

D'un voile irréprochable.


Marcel Rousseau
en séjour à Rodrigues : http://marcel-rousseau.blogspot.com/
http://www.residencefoulsafat.com - Allez-y, ce sont des amis !

pêche aux moules et récolte de roches

mardi 22 juillet :

matin :

Pêche aux moules dans le lagon avec Jean-Marc et sa femme Régine. Plus l'on s'approche du ressac de la barrière de corail et plus les moules sont groupées en paquets et grosses, car c'est là qu'elles sont le moins souvent pêchées.

Le technicien est là pour l'installation du modem WIFI et du nouvel ordinateur de Benoît. Je teste les différents lieux pour savoir si cela passe bien. Du coup, cela va modifier l'utilisation des différents ordinateurs et perturber pendant un certain l'utilisation de MSN par exemple. Mille excuses à ceux qui commençaient à prendre l'habitude de me contacter de cette façon. Mais au moment où j'installe (avec retard !) ce message sur le blog, j'ai réinstallé MSN sur mon propre ordinateur. Il est donc désormais possible de me joindre en direct pratiquement de façon permanente quand je serai devant mon ordinateur c'est à dire ce prochain dimanche matin... je devrais dire dans quelques heures car il est déjà demain (comme dans la chanson ... il est 12 h 36.


après-midi :

Avec Fred et les "stagiaires", nous allons chercher les roches sur la falaise de Grand Baie et je trouve enfin la roche que j'espérais. Je subodorais que la roche était bien, mais difficile de la soulever. Elle est parfaite. J'avais imaginé toute une tirade lyrique sur cette roche, mais les paroles s'envolent surtout au sommet des falaises et il n'y a pas eu d'écrit pour rester !

perte informatique et roches inamovibles

lundi 21 juillet :

matin :

Je ne retrouve plus le fichier pour la page de garde destiné au livret pour la messe d'ordination d'Alex que j'avais fait hier matin et pourtant sauvegardé. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Je suis obligé après une ½ heure de recherches infructueuses de recommencer à zéro le fichier. Écœuré, je finis par me mettre à travailler à la fontaine quand Antoinette appelle pour manger.

après-midi :

Je comble des trous faits pour accéder aux tuyaux qui étaient enterrés. Je vais rechercher des roches, au sommet de la falaise de Grand Baie. Si le panorama est magnifique les roches sont trop lourdes pour moi tout seul : bien sûr il n'y a aucun lieu de cause à effet entre les deux phénomènes.

Je prends les mesures pour calculer le cubage de béton nécessaire. Il y a deux jeunes stagiaires de Camp du Roi à Jean Tac, c'est l'occasion de les faire travailler. Ce sera pour demain.

fête manioc

dimanche 20 juillet :

matin :

Pourquoi travailler un dimanche ? C'est pourtant ce que je commence à faire en me mettant à bricoler à la fontaine quelques instants lorsque Audrey m'avertir que l'on part dans 5 minutes pour la fête Manioc à Lataniers, chez Daniel et Francette.

après-midi :

En arrivant je me mets aussitôt à aider ceux qui sont déjà là pour éplucher le manioc. Attention la peau est toxique et ne se donne pas aux animaux. Comme il n'y en a pas assez Daniel monte dans son "carreau manioc" qui surplombe juste sa maison et qui est à hauteur de la terrasse de "so lacaze". Tirer la tige doucement à soi pour faire ressortit le maximum de racines, fouiller au pic pour dégager les quelques racines qui ne sont pas venues du premier coup et terminer en grattant avec ses mains pour tenter d'en récupérer encore quelques petits morceaux égarés : récolter le manioc est encore plus simple que de récolter la pomme de terre.

Dans la cour, deux feux sont allumés et les marmites sont mises à cuire ou à réchauffer. Ce sera ensuite le tour d'une karaï pour faire des beignets de manioc.

'Benoît à préparer depuis hier et ce matin un 4X4 manioc au cochon. C'est un plat traditionnel rodriguais mais peu connu. Le porc est coupé en gros dés, de là vient son nom, et il est mouillé avec du rhum et mis la veille à mariner avec des herbes, des oignons, du laurier et de l'ail puis assaisonné comme il se doit. Les proportions entre manioc et viande de porc se font selon votre désir ainsi que l'adjonction d'autres herbes aromatiques. Cuire ensemble dans cocotte en fonte fermée avec un couvercle à feu doux.

L'ordinateur du cousin de David, Bertrand et Audrey est en panne. Bertrand a apporté un nouveau boîtier d'alimentation, mais très vite c'est la déception, l'ordinateur ne marche toujours pas. J'essaie de voir avec eux ce qui peut ne pas fonctionner. En shuntant les fils, je constate que le boîtier d'alimentation qui existait au départ fonctionne bien, son ventilo tourne sans problème. Ce n'est donc pas lui, le responsable de la panne. Le bouton de contact à l'avant, ne reçoit même pas le courant électrique. Il me semble que ce qui est en panne est la carte mère, la mozeurbôrde ! Je prends les coordonnées de la carte… mais ! Daniel me dit qu'il ne veut pas mettre de l'argent à réparer cet ordinateur qui pourtant n'a pas 3 ans. Il sait qu'il y a une opportunité à Maurice pour acheter des "thébeultop" et peut sans doute en profiter. Il n'y a aucun réparateur professionnel pour les ordinateurs à Rodrigues et pourtant les pannes sont hyper fréquentes à cause du climat tropical et sans doute aussi pour d'autres raisons dont je vous reparlerai si vous m'y faites penser. .

En fin d'après-midi, comme Daniel a vu que je prenais des photos des arbres et des fleurs, nous discutons ensemble de son hobby pour les fleurs et les plantations de toutes sortes. Il me montre sa plantation de safran dont la culture est un peu délaissée à Rodrigues et il m'indique comment il le fabrique à partir de la racine du safranier. Il ne faut pas confondre le safran de l'Océan Indien, obtenu à partir d'une racine et qui sert dans la cuisine et le safran du midi de l'Europe obtenu à partir du pistil d'une fleur dont l'une des utilisations est dans la fabrication des teintures. Les rodriguais ont deux mots distincts mais très voisins pour les désigner. La différence la plus notable porte sur le prix.

chat noir, chat noine et chat zuble !!

samedi 19 juillet :

matin :

Alex et son évêque sont là ce matin pour une réunion de travail avec Benoît. Pendant qu'ils discutent, je termine le dessin de la chasuble d'Alex en utilisant Photoshop. Je reprends le dessin de l'île Rodrigues qu'Alex avait utilisé pour sa carte d'invitation. J'agrandis la croix à partir d'une photo de Rodrigues, j'y replace les moutons dont le troupeau s'est agrandi et Benoît souhaite y voir des pieds de maïs qu'il va prendre en photo et que je vais stylisé. Une fois terminé, J'envoie ce dessin aux religieuses qui vont confectionner cette chasuble. Je ne sais si elles utilisent la technique du transfert photographique ou si le dessin est brodé à la main. Je sais qu'il existe des machines à broder, capables de faire ce travail par programmation.

Monseigneur Alain Harel remarque que le jaune choisi pour dessiner Rodrigues est la couleur papale et que ce thème de la représentation de l'île Rodrigues est celui qu'il avait choisi pour la chasuble de la cérémonie de sa consécration épiscopale. Coïncidence heureuse, symbole ou signe : l'avenir le dira.

après-midi :

Les tuyaux c’est fini je rebouche et je passe à la phase de reconstruction !

Ce soir c'est l'anniversaire de Gregory. Alors que tous les adultes souhaitent qu'il se fasse prendre en photo assis à son nouveau bureau, lui semble beaucoup plus intéressé par jouer avec un paquet qui contient des petites voitures et qu'il n'a pas encore eu le temps d'ouvrir. Cet âge est sans pitié … pour les attentes des adultes !

Après la soirée chez Fred et Linda, je vais essayer de mettre à jour mon Blog. Je vais me coucher à 3 heures du matin : l’heure ou j’entends un coq chanter.

samedi 26 juillet 2008

Bonne fête Grégory

vendredi 18 juillet :

matin :

Nous assemblons un petit bureau comme cadeau de Grégory dans ma chambre avec son papa Fred puis Bertrand arrive. C'est un modèle de fabrication chinoise. Il est complexe avec plus d'une vingtaine de pièces différentes et une visserie conséquente sans beaucoup d'explications de montage. Tout le monde défile pour voir dans une atmosphère de conspiration : Grégory ne doit se douter de rien !

Puis je travaille pour la préparation de l'ordination : faire le dessin de la chasuble à partir du dessin de la carte d'invitation. Il me faut épurer les traits, car je pense que ce dessin peut servir encore à autre chose. J'agrandis aussi la croix prise sur une photo de Rodrigues. Benoît qui vient me voir apprécie :"comme ça on voit bien que la religion est présente dans le cœur de la totalité des personnes de l'île Rodrigues" me dit-il dans un grand éclat de rire. Je réponds en riant aussi que, moi l'incroyant, je suis alors une exception. Benoît veut y rajouter des pieds de maïs et ira prendre des photos dans la soirée. On peut trouver ces photos sur Internet mais tout ainsi sera de Rodrigues. Monseigneur Alain Harel vient demain voir Benoît pour discuter de l'organisation en général et de ces modèles en particulier.

Il va sans dire que, comme je suis coincé toute la matinée devant l'ordinateur familial, le travail de la fontaine n'avance pas vite.

après-midi :

Je ne pourrai travailler à cette fontaine que l'après-midi.

C'est l'anniversaire de mariage de deux amis de Benoît et Antoinette : Marinette et Alain, J'avais travaillé avec lui au centre paroissial de Grand Baie. L'anniversaire commence par une bénédiction religieuse. J'y assiste parce que je ne veux pas venir uniquement pour la petite réception qui suivra : être "ène roder lérein" comme le dit l'expression rodriguaise correspondant peu ou prou à notre "pique assiette". La cérémonie est animée par la chorale et les chants sont repris par toute l'assemblée. Certains donnent envie de danser. Manifestement les rodriguais, hommes et femmes aiment chanter.

Après la cérémonie, tout le monde se rend au centre communautaire paroissial situé derrière la chapelle. Il est encore vide, mais très vite les gens installent chaises et tables et les disposent tout le long des murs ou apportent boissons et gadjacks : ce sont toutes sortes de petits mets préparés pour être pris en main et mangés avec le seul secours de la fourchette d'Adam. Ce sont pour la grande majorité des plats typiquement rodriguais mais il en existe aussi de plus "internationaux" comme les petites rondelles de knackis.

Le repas débute par une boisson sucrée et gazeuse accompagnée d'une tranche de gâteau. Puis chacun vient féliciter les "mariés" et apporter des cadeaux. C'est Bertrand, accompagné de quelques amis, qui sonorise et anime le côté musical de la soirée. Le matériel est très bon, mais quelque soit sa qualité, les rodriguais, et ils ne sont malheureusement pas les seuls à le faire, ne savent qu'utiliser une sono en faisant systématiquement saturer le son.

Les sonorisateurs mélange les types de danses mais manifestement, ce sont les danses traditionnelles qui sont les plus appréciées.

vendredi 25 juillet 2008

CRAC Anti Drug Group

jeudi 17 juillet :




Douillettement lové, au creux de mon oreiller rebondi, en goûtant voluptueusement les derniers nectars de la nuit, ça ne veut pas dire grand-chose mais ça fait sérieux dans un texte, je finis de dévorer le livre de Ben Gontran. Je suis, je reste et j'assume, un boulimique de la lecture. C'est terrible mais quand je commence un livre, je ne peux m'empêcher de le lire d'une traite. Ce n'est pas un commerce triangulaire, c'est un rapport névrotique au papier noirci par les caractères agencés harmonieusement depuis la géniale invention de Gutenberg. La culture c'est comme la confiture, ça colle à la figure (Yvon Etienne !) et moins il y en a et plus on l'étale ! Pensant alors et subitement que, mon ami Alex a passé la nuit à la Résidence Foulsafat – Vous verriez comme on y dort bien ! - je cours prendre mon petit déjeuner.

matin :

Jean-Pierre m'ayant rappelé hier après-midi, pour connaître l'objet de ma visite, il est convenu que ce matin je vais le voir. Il est "kot lacaze" et son chien est heureusement absent. Mais qu'est-ce que je lui ai fait à ce chien qu'il ne m'aime pas. D'habitude les chiens m'adorent, pas au point de me mordre cependant; et je leur rends bien. En arrivant devant l'escalier qui mène à son appartement, je ne peux qu'admirer le travail de son voisin, un pêcheur qui fabrique ses propres nasses avec de longs fils de fer qu'il torsade. Mon âme de bricoleur en est ébahi, ébaubi, ahuri, abruti, éberlué, épaté c'est tes patentes, troublé, pantois, décontenancé et déconcerté, estomaqué et matraqué, surpris, stupéfait et stupéfié, interloqué, émerveillé, sidéré, médusé, impressionné de façon impressionnante, fasciné. Bon ! Vous vous placez sur l'un des mots précédents, dans votre texte sous Word (non merci Bill, je ne cherche plus de sponsors !), vous appuyez simultanément et concomitamment, sur les deux touches en même temps, Merci Monsieur de la Palice ! Majuscule et F7 et vous obtenez la suite des synonymes que vous pouvez choisir ad libitum et à volonté ! Ad libitum, il faut bien avoir pitié des non latinistes, veut dire libidinalement jusqu'à plus soif ! …

après-midi :

Je téléphone aux amis du CRAC et, pedibus cum jambis, voir supra comme disent les mecs bien, je commence la montée vers Citronnelle. Je prends des photos, je m'assois sur un "gros laross" pour commencer à écrire le début d'un autre poème acrostiche sur Rodrigues, en créole cette fois-ci. Il ne faut jamais douter de ses capacités et de ses facultés mentales. Dans ma marche vers les sommets, j'aperçois quelqu'un situé encore plus haut que moi et qui me hèle en faisant de grands signes à l'entrée d'un champ de maïs. Je ne le reconnais pas et je lui fais d'autres grands signes des bras, cette langue montagnarde universelle, que je le rejoint en suivant le chemin qui fait un détour. En montagne la ligne droite est très rarement le chemin le plus aisé d'un point à un autre.

Après le tournant, je vois Rico, le chauffeur du Crac, qui m'attend au début de la route asphaltée. Le téléphone rodriguais marche bien ! Il me conduit chez Callaghan, un jeune professionnel, bien équipé, de matériel vidéo. Mirella, la secrétaire et Jean-Paul du Crac sont en train de faire un montage pour expliquer au responsable du Natresa comment l'ONG fonctionne. Le Natresa est l'organisme gouvernemental mauricien correspondant à l'OFDT (si je ne me mélange pas trop mes souvenirs !) dans la lutte contre l'alcoolisme, la drogue et tous les phénomènes addictifs. Je me suis déjà arrêté devant cette maison lorsque Benoît est venu y chercher, la copie d'un reportage sur DVD qu'il avait travaillé avec lui.

Puis Ricaud véhicule toute l'équipe vers le dispensaire de Saint Gabriel. Pratiquement rien n'a changé mais tout s'est amélioré. Jean-Paul me remet une plaquette qu'il vienne d'éditer sur le travail du CRAC au fil des ans. La première de couverture s'orne du logo que nous avions créé ensemble en 1999. Je trouve qu'il aurait besoin d'être repris pour l'améliorer en gardant l'esprit qui avait présidé à sa création collective.



J'éprouve un moment d'émotion lors de la découverte, dans la plaquette, du rappel du travail d'Annick Lavenant avec l'association CoopSanté. Il y a plusieurs pages et des photos d'Annick avec le rappel du travail de l'association. Je pense à ses enfants : Adolphe, Marie et les autres dont je n'ai pas les noms pour le moment. Je ne sais pas comment leur faire parvenir ce document. Je me souviens de la réaction d'Adolphe, qui, au décès de sa mère, avait découvert le travail qu'elle avait pu fournir pour l'île de Rodrigues.

Jean-Paul pense me demander quelques interventions pour des formations avec l'équipe du Paille en Queue et pour l'utilisation de l'informatique. Si je peux, je serai d'accord pour les faire. Je ne saurai décidément jamais dire non !

Nous partons pour le Paille en Queue, pour répondre au désir que j'ai exprimé d'aller voir l'équipe que je n'ai eu qu'au téléphone. On m'y propose un café. Au passage, dans une pièce, je reconnais le fauteuil qu'Annick utilisait ses derniers jours et qu'elle avait demandé de faire parvenir au centre du Paille en Queue. Il est là, en bon état de fonctionnement. Deux jeunes infirmiers sont là, dont Édouard, à qui j'ai téléphoné avant de venir. Puis Rico m'emmène juste à l'heure pour le rendez-vous avec Benoît qui arrive en moto, à Mont Lubin, juste après moi.

Il a été invité à une soi-disant réunion sur le E-commerce. En fait, il s'agit d'une publicité à la mode Tupperware (merci je ne recherche pas ce genre de sponsor !) pour un "comprimé" susceptible de booster les économies de carburant jusqu'à 14%, pour les moteurs neufs, et même plus pour les vieux moteurs nous dit-on. Le plus important, selon leur publicité, est qu'il ne pollue que très peu 74% de CO2 en moins, comparé aux carburants traditionnels. Il s'agit de statistiques américaines précisons-le. Il est bien connu qu'en France, le CO2, tout comme le nuage radioactif de Tchernobyl, est tout à fait respectueux de nos frontières et a le bon goût de ne pas franchir nos frontières pour venir polluer chez nous.

Quelques petites remarques viennent ternir l'enthousiasme exprimé par les deux conférenciers présents. D'une part, le premier conférencier confond trou dans la couche d'ozone et effet de serre par CO2. D'autre part, il donne une définition du catalyseur qui, selon lui, "accélère, booste" la réaction, alors que le rôle d'un catalyseur chimique est, me semble-t-il, seulement de permettre cette réaction sans y participer. Il donne aussi des chiffres étonnants (des gains X2 ou X3) pour les rendements de la "pilule", avec son propre véhicule en Afrique, alors que l'autre conférencier ne parlera que de 7 à 14%, reconnu, toujours selon eux, officiellement. L'autre conférencier va nous proposer aussi de créer chacun notre propre site Internet, fourni clef en main par cet ONG, dont on ne comprend pas très bien l'utilité. Il va tenter de nous expliquer comment nous allons gagner des millions de dollars avec l'effet de pyramide dans la recherche de nouveau client. C'est un système complexe de rémunération des achats obligatoires : est-il destiné à épater le futur vendeur potentiel ou à l'égarer pour qu'il ne puisse pas tout comprendre des arcanes de l'i-commerce dont nous n'entendrons pratiquement pas parler.

Benoît vient de faire réparer sa moto et ne veut pas prendre de risque avec et il doit se rendre à une autre réunion. Je me mets donc en route pour la descente vers Port-Mathurin et j'agite la main au passage des quelques voitures, de rodriguais qui rentrent chez eux. Je n'ai pas fait 200 mètres qu'une voiture, qui, exceptionnellement, n'est pas un 4X4, s'arrête pour me prendre. Le conducteur est sans doute un employé de l'administration et nous commençons à discuter.

Je lui dis surtout qui je suis, comment je connais Rodrigues et que j'habite chez Benoît. Cette information, ici, à pratiquement toujours un effet magique. Arrivé à Port Mathurin, au lieu de me déposer et de tourner à gauche vers Baie aux Huîtres où il habite, il prend vers la droite et me conduit jusqu'à la porte de la Résidence Foulsafat qu'il connaît bien. C'est cela la sympathie à Rodrigues ! Depuis la fin de la réunion, je n'ai pas mis un quart d'heure pour faire les quelques dix kilomètres de distance à parcourir.

Petite histoire à lire pour Lucile et Ronan

Les couleurs de l'arc en ciel


lever de soleil sur Rodrigues

Au moment où commence mon histoire, le monde est en paix. Les hommes ne se battent plus entre eux. Le monde n'est qu'un seul pays. Il n'y a plus de guerre. Il n'y a plus de prison, il n'y a plus de voleurs, il n'y a plus de bandit ! Comment cela a-t-il été possible ?

Cent ans avant ce que je raconte, il s'est produit un phénomène très étrange. Les papas et les mamans qui attendaient un bébé ne savaient jamais de quelle couleur serait leur enfant. Dans une même famille, le papa pouvait être noir comme le charbon, la maman de la couleur du cuivre, le fils aîné rouge comme une pivoine, la sœur blanche comme l'albâtre, le petit frère jaune comme la paille des blés et ainsi de suite. Si bien que les familles étaient de toutes les couleurs et qu'aucune couleur de peau ne pouvait dominer sur une autre. Cela a fait que tous les hommes et les femmes du monde entier ont accepté que chacun soit différent et que l'amour soit le même pour tous.

C'est ainsi que sont nés Rose Violette et Olivier Le Rouge. La maman de Rose, Madame Violette est d'une belle couleur verte tandis que Monsieur Violette a la couleur d'un rubis. Le papa d'Olivier est marron et récolte les châtaignes, tandis que sa maman est couleur amande et a les yeux en amande. Rose a toujours la peau rose des bébés et Olivier, la peau verte des Olives.

Comme ils sont voisins, ils jouent ensemble à l'arc-en-ciel : c'est un jeu qui se joue avec les couleurs de l'arc-en-ciel. Ils vont aussi à l'école ensemble, parfois main dans la main, comme les enfants sages.

Quand ils deviennent grands, Rose comprend qu'elle aime vraiment Olivier et celui-ci comprend qu'il aime vraiment Rose, mais aucun des d'eux n'ose le dire à l'autre. Chacun garde son amour, dans le fond de son cœur, comme un secret.

Cependant, un jour qu'ils sont tous les deux à regarder le ciel, un grand orage éclate brusquement. Alors le ciel se déchire de grands éclairs de toutes les couleurs et cela leur fait peur à tous les deux. Rose est verte de peur et Olivier pâli de crainte. Il se met à pleuvoir comme des torrents d'eau. Ce jour-là, il pleut tellement que le ciel est tout lavé de ses gros nuages noirs et gris et un arc en ciel de toutes les couleurs se dessine dans le ciel bleu. Rose et Olivier enfin rassurés admirent ensemble ce magnifique arc-en-ciel aux couleurs si vives. Ils sont tellement heureux et émerveillés qu'ils se prennent par la main. Ils se regardent d'une telle façon qu'ils n'ont pas besoin de se dire qu'ils s'aiment, ils le savent désormais. Rose est rouge d'émotion et Olivier est cramoisi de bonheur. Depuis Olivier ne quitte plus la main de Rose et Rose tient bien la main d'Olive, lorsqu'ils sont ensemble.

Alors, ils se marient et décident d'avoir autant d'enfants qu'il y a de couleurs à l'arc-en-ciel et de donner à chacun le nom d'une des couleurs de l'arc-en-ciel. Mais, avant la naissance de leur premier enfant, avant de savoir la couleur qu'il aura, Olivier veut l'appeler Bleuet alors que Rose veut l'appeler Vermillon. Le jour de sa naissance le bébé est tout vert. Pour la première fois, ils ne sont pas d'accord et se disputent pour savoir quel prénom donner. Ils défendent en criant chacun son choix : Olivier prétexte que le Bleuet à des feuilles vertes et Rose que Vermillon commence par le mot vert. Ils deviennent tous les deux rouges de colère et se regardent avec des yeux qui lancent des éclairs.

Alors le bébé effrayé se met à pleurer. Olivier le prend dans son berceau pour le donner à Rose qui le met contre son sein et le bébé se met aussitôt à téter. Tous les deux le regardent attendris et ils se regardent aussi. Ils éclatent alors de rire en se rappelant leur colère. Ils viennent tous les deux de se dire que si l'on mélange ensemble la lumière bleue et la lumière rouge on obtient une lumière verte. Ils pensent alors qu'ils ont été tous les deux des idiots de se fâcher.

Malgré cela, ils se disputent encore pour le second bébé. Olivier veut toujours qu'il soit bleu, mais Rose souhaite maintenant qu'il soit vert. L'enfant qui naît, n'est ni bleu, ni vert, il est d'un rouge magnifique. Si l'on mélange ensemble de la lumière bleue et de la lumière verte on obtient une lumière rouge. Tous les deux décident alors de l'appeler Pivoine.

Pour leur troisième bébé, ils décident de ne plus se disputer sur la couleur, mais de se mettre d'accord. Ils ne vont pas souhaiter la même couleur. Ils vont souhaiter avoir chacun une couleur différente et quand on associe ces deux couleurs, on obtient la couleur qu'ils veulent avoir ensemble. Rose choisit toujours le vert et Olivier choisit le rouge et à sa naissance, leur bébé est d'une belle peau bleu. C'est ce qu'ils souhaitaient.

Ils se disent alors qu'ils ont été bien sots de se disputer pour leurs deux premiers bébés. Il est plus sûr de s'entendre pour obtenir ce que l'on souhaite. Mais cela ne suffit pas. Ce serait trop simple. En plus, il faut bien observer pour comprendre comment la nature fonctionne. En utilisant et en respectant ses règles, on a beaucoup plus de chances d'obtenir ce que l'on veut.

De cette façon, par la suite, Rose et Olivier, ont eu beaucoup de bébés. Ensemble, ils forment toutes les couleurs de l'arc en ciel. Ils rient et chantent ensemble quand l'orage se met à gronder pour essayer de leur faire peur. Ils savent maintenant qu'après un orage il y a toujours un magnifique arc-en-ciel.


coucher de soleil sur le fleuve Maroni à Maripasoula (Guyane, 1999)

mercredi 23 juillet 2008

Rodrigues, une terre exceptionnelle pour la reproduction des tortues

mercredi 16 juillet :

matin :

le paille en queue (phaëton)

Pour me remettre à jour de mon blog, je vais essayer de me contenter de donner mon emploi du temps succinct. Je dis bien essayer car, lorsque mon clavier me démange, il aime bien que je lui caresse le dos des touches. Vous constatez d'ailleurs par vous-mêmes que c'est déjà parti ! Je vais essayer donc d'être bref !

Ce matin je vais au centre Frère Rémi de Camp du Roi. Benoît et Antoinette me déposent et vont à l'aéroport chercher un client. Verlaine a presque oublié ma venue. Je verrai trois enfants sur les 4 prévus. La jeune fille a un cousin qui doit partir de Rodrigues pour Maurice et sa famille fait une fête pour ce départ aujourd'hui. Verlaine, la directrice, part elle-même à Maurice et elle en revient juste avant le 15 août. Je ne reviendrai donc qu'après l'ordination du 15 août, cette semaine-là promettant d'être chargée pour tout le monde.
Deux des jeunes que je reçois ne souhaitent pas continuer. Ils pensent que les deux entretiens qu'ils ont eu ont suffit à répondre aux problèmes qu'ils avaient et aux questions qu'ils se posaient. Je ne suis pas certain que cela ait été aussi efficace, mais c'est leur souhait, je me contente de leur dire que je reste à leur disposition jusqu'au 8 septembre s'ils le souhaitent.

Je rentre seul et à pied à Jean Tac. J'en profite pour m'arrêter un instant voir Jean-Pierre Soussique, mais il est absent, Florian retient le chien qui n'arrête pas de gronder. Je me trouve au fond de cette vallée de Caverne Provert, celle où l'ancêtre de Le Clézio est venu à la recherche du trésor du pirate, toujours à trouver. Moi, mon trésor c'est la roche plate, peu épaisse, en forme de galette bretonne et relevée sur les bords. Cette roche encore à trouver c'est mon Graal, ma coupe des béatitudes, mon soleil de minuit, mon rocher d'Arthur à l'épée indéracinable et difficile à décrocher à moins d'être l'élu, bref, je cherche la roche impossible à obtenir. Je remonte le petit torrent à moitié à sec, ce qui est très différent d'être à moitié plein. Il est ainsi des expressions françaises curieuses qui ressembleraient à des montagnes avec un seul versant, des adrets sans ubacs, en quelque sorte. Je scrute le fond garni de roches de toutes sortes. J'en trouve beaucoup qui pourraient convenir pour faire un four à pain. C'est de la pouzzolane, me semble-t-il, mais je n'en vois aucune qui, de près ou de loin, ne puisse me convenir. Aucune qui me parle en m'adressant une supplique muette mais éloquente à laquelle je puisse répondre, dans un dialogue constructif entre le minéral et le vivant.

Vous allez me prendre pour un doux illuminé, mais, à moi, certaines choses et les roches en particulier peuvent me parler. C'est de cette façon que j'ai découvert la roche qui sert de bassin juste à l'aplomb de la petite cascade du jardin. Elle était là en 2005, à quelques cents mètres de la maison familiale des Jolicœur, sur le chemin qui mène à la route en contrebas. Tous les jours des personnes passaient devant elle, elle qui devait sans doute être là, à cette place-là, depuis des millénaires. Puis, un jour elle est sortie de son mutisme et elle m'a adressé une supplique que j'ai écoutée. Je vous traduis sa demande, car le langage d'une roche c'est rupestre, rustique, volontiers rustre et rudimentaire voire grossier, une roche mal dégrossie en somme. Globalement, elle me laissait entendre que depuis de nombreuses années, elle avait l'impression de vieillir en s'encroûtant, qu'elle s'embêtait là et qu'elle valait mieux que le rôle de pierre d'achoppement sur le chemin qu'elle occupait depuis des millénaires. Elle avait envie de se retourner et de se renouveler. Elle se voyait bien d'ailleurs faire de la représentation. Accédant à sa demande, je l'ai donc retourné et, miracle, le dessus lisse et sans originalité, cachait un intérieur riche et plein de surprises. Elle offrait à merveille, ce que je cherchais alors, et que je continue à chercher aujourd'hui pour la compléter : une surface bosselée à l'intérieur et des bords en partie relevés. Elle avait même, ce qui est très rare pour une roche, même rodriguaise, et ce qui fait sa richesse, une lignée centrale de mamelons qui la séparait en deux. J'ai donc accroché mes mains à ses mamelons, des mamelons c'est fait pour s'y accrocher, et je l'ai transbordé jusqu'au jardin de la fontaine où, maintenant elle trône et se donne en spectacle. Je la trouve même un peu cabotine parfois, mais je n'ai pas encore osé le lui dire. Tout compte fait, je ne suis pas sûr qu'elle m'entendrait.

après-midi :

Enfin tous les tuyaux du jardin sont branchés. Ce travail est fini.
Le repas du soir a lieu avec des personnes de la région nantaise, Saint Herblain, qui sont là pour participer à une session de formation des responsables de l'ACO. Alex est aussi présent et nous pouvons enfin parler plus tranquillement de son retour de France et des services que je peux lui rendre pour son ordination. Je pense que l'on peut reconnaître une véritable amitié par le fait qu'elle transcende les croyances et peut même s'en moquer.

Je disais que je ne voulais pas m'attarder en divagations inutiles mais je ne peux passer sous silence le fait qu'à la fin du repas, l'un des responsables du parc des tortues arrive pour voir Benoît. C'est un passionné de ses petites bestioles à écailles et il en parle tellement savamment et ses renseignements sont tellement intéressants que je vais essayer de vous les traduire en les résumant succinctement. Ce ne sera guère plus facile que pour le langage des roches. L'érudition intellectuelle n'est pas la même car chacun sait que l'intelligence n'est pas le fort des pierres, car si le fort est en pierre, le café l'est aussi. Ne dit-on pas c'est fort de café, comme l'on dirait c'est fort de France ! Revenons donc à nos tortues qui, elles, vagabondent beaucoup plus lentement que mon cerveau.


laisse-moi tenir ton jupon. Il suffit de passer le pont !

Benoît pense que les premières pontes des deux femelles, qu'il a en garde, n'ont rien donné, mais les œufs n'ont pas été déterrés et testés. D'après ce responsable rien n'est joué et l'incubation des œufs de tortue en pleine terre est relativement variable. Si les tortues n'ont pas choisi le sable de mer qui leur a été mis dans leur enclos c'est qu'il ne doit pas correspondre au taux d'alcalinité qu'elles recherchent. Par contre un mélange terre rodriguaise et sable de mer, rodriguais aussi d'ailleurs, devrait mieux leur convenir. Par contre ce que l'on sait c'est que plus l'incubation dure et plus il y a de chances que ce soit des mâles. De même, et concomitamment, plus il fait froid et plus les chances ont la même inclination sexuelle, si tant est que l'inclination puisse revêtir une quelconque sexualité. La pronation ou la supination de l'avant bras peut être utilisée dans un sens sexuel, L'érection, quand il ne s'agit pas de roche ou de monument peut aussi avoir cette signification. Bref je m'égare et revenons à la sexualité et à la génitalité des tortues de terre différentes des celles des tortues de mer.

Les deux cohabitent dans ce fameux parc à tortues nouvellement créé à Rodrigues avec un succès mondial inespéré. Le taux de reproduction des tortues réintroduites à Rodrigues, écrase de loin toutes les autres réussites obtenues dans d'autres pays. Rodrigues, qui fut peuplé d'innombrables tortues, lorsque la route des épices empruntait les chemins de l'école buissonnière, en franchissant le cap de Bonne Espérance, est en passe de redevenir une terre de prédilection pour les tortues qui s'y reproduisent avec un taux inégalé mondialement à ce jour. En plus du tourisme des Bird watching, verra-t-on le tourisme des "tortel" watching à Rodrigues : ces scientifiques qui font du tourisme leur travail pour observer les moeurs des oiseaux ou des animaux qu'ils étudient. Rodrigues, en dehors de toute forfanterie ou de tout cocorico à la française, se révèlerait être une terre avec des caractéristiques exceptionnelles. Reste à savoir de quelles caractéristiques il s'agit. Là encore c'est l'affaire des spécialistes et des scientifiques de le découvrir. Car les tortues, si c'est le dernier phénomène en date n'est pas le seul.

Deux ou trois autres sont déjà connus : il y a d'abord le petit limon de Rodrigues, dont les mauriciens sont friands. Certains négociants, peu scrupuleux, se chargent de l'acheter à bas prix aux paysans rodriguais pour le revendre à prix d'or à Maurice. Pourquoi me direz-vous ? Je vous entends d'ici l'objecter: "I n'iaka" – "Ben non, dame, vous répondrai-je, car je suis nantais ! I'a pa ka ! Car le même plant de limon, cultivé à Maurice, ne donne pas du tout la même qualité de limon ; le goût incomparable n'y est pas : la terre de Rodrigues, dans son essence même, est différente. Elle contient des éléments particuliers, que, vraisemblablement, les autres terres n'ont pas !

C'est la même chose pour le petit piment de Rodrigues. Comment ! Vous ne connaissez pas le petit piment de Rodrigues ! Alors accourrez vite ici, il y a encore de la place chez Benoît et Antoinette, et même ailleurs, et venez le goûter. Bon attention ! Estomacs fragiles s'abstenir, sinon vous risquez l'appel en urgence aux pompiers ou au mieux une crise tenace de hoquet. C'est sans nul doute l'un des plus forts petits piments du monde. Notre petit piment dit de Cayenne, ferait presque figure de sucrerie douceâtre à côté. Cependant certains rodriguais le croquent comme on mangerait un petit pois chez nous. Ce petit piment est une merveille. Claude Pavard, le conférencier mondialement connu, je lui en laisse l'exclusivité en toute honnêteté, recommande même la création d'une AOC mondiale, rien que pour lui. Je souscris et j'aime, mais avec encore plus de modération que l'alcool.

Ce petit piment est préparé de multiples façons, toutes meilleures les unes que les autres. Bien sûr, il peut être nature ! C'est un volcan ! Il y a aussi le piment mangue, le piment papaye, le piment cocos, le cœur de cocotier au piment, la "confiture" de piment, enfin bref tout, ou presque, est prétexte à être accompagné de piment. Tous les scientifiques, sérieux et dignes de ce nom, savent, à défaut de l'expérimenter eux-mêmes, que manger du piment est une pratique saine et excellente pour la santé. À moins d'avoir déjà une passoire anxieuse en guise d'estomac, la molécule du piment responsable de l'effet de brûlure, la fameuse capsaïcine, est la clé qui ouvre les papilles signalant la présence de chaleur. Le piment possède en même temps des propriétés bactéricides très importantes. En plus d'être bon, le piment à des vertus diététiquement préventives … vous remarquerez que je ne mâche pas mes mots !

Il n'y a que les esprits chagrins, les guindés de la fourchette, les fondamentalistes de chez Mac Do, pour objecter que le piment tue le goût de ce que l'on mange. Comme si ce que l'on mange chez les M'Do avait du goût, à part celui de ce que j'évacue, de temps en temps, dans un endroit retiré de la foule et que l'on a coutume de désigner discrètement de deux lettres sibyllines : WC.

Je vous assure que j'essaie de ne pas être long, mais il y a des raccourcis que l'on ne peut pas prendre, lorsque l'on parle de Rodrigues et de ses merveilles. C'est un peu comme mes prévisions de fin de bricolage ; il faut multiplier par trois !

la chauve souris (sossouri) de Rodrigues est une race endémique

dimanche 20 juillet 2008

statistiques en remerciements de votre fidélité

Statistiques du site données par Google Analytics

116 : Visiteurs
353 : Visites, provenant de 21 pays ou territoires
596 : Pages vues
1,69 : Pages par visite
03 min 10 : Temps moyen sur le site
2 personnes sur 3 sont venues plusieurs fois sur le site.

Navigateur utilisé ....Visites.... Visites (en %)
Internet Explorer ...........251 .................71,10 %
Firefox ............................97 ..................27,48 %
Safari ...............................3 ....................0,85 %
Konqueror ........................1 ....................0,28 %
Opera ...............................1 ....................0,28 %

Nombre de visites .......Visites ..........% tous visiteurs
1 fois ................................114 ......................32,29 %
2 fois .................................28 .........................7,93 %
3 fois .................................17 .........................4,82 %
4 fois .................................10 .........................2,83 %
5 fois ...................................9 .........................2,55 %
6 fois ...................................8 .........................2,27 %
7 fois ...................................8 .........................2,27 %
8 fois ...................................8 .........................2,27 %
9-14 fois .............................42 ........................11,90 %
15-25 fois ...........................48 ........................13,60 %
26-50 fois ...........................41 ........................11,61 %
51-100 fois .........................20 .........................5,67 %

Nbre pages visitées... Visites ............% tous visiteurs
1 page(s) ............................260..................... 73,65 %
2 page(s) ............................47 .......................13,31 %
3 page(s) ............................15 .........................4,25 %
4 page(s) ............................13 .........................3,68 %
5 page(s) .............................5 ..........................1,42 %
6 page(s) .............................5 ..........................1,42 %
7 page(s) .............................3 ..........................0,85 %
8 page(s) .............................2 ..........................0,57 %
10 page(s) ...........................1 ..........................0,28 %
18 page(s) ...........................1 ..........................0,28 %
20+ page(s) .........................1 ..........................0,28 %

Avis aux techniciens chevronnés en statistiques ; chacun interprétera comme il le peut, les différences de chiffres entre visiteurs individuels et nombre de visites effectuées. Un visiteur individuel peut effectuer plusieurs visites. C'est Monsieur de la Palisse qui l'a dit, avant de mourir !

Analyse comparative du 18 juin 2008 - 18 juil. 2008
Comparaison avec : Benchmark - Tous sites de taille semblable

353 Visites .................................Benchmark : 28 (+1 160,71 %)
596 Pages vues ...........................Benchmark : 57 (+945,61 %)
03 mn 10 : Tps moyen sur site ....Benchmark : 00:00:25 (+655,54 %)
1,69 Pages par visite ...................Benchmark : 2,02 (-16,27 %)
32,58 % : Nouvelles visites ..........Benchmark : 57,99 % (-43,82 %)

Ce que j'en retire des comparaisons c'est que ce blog est plus visité que la moyenne des blogs semblables et qu'il y a davantage de pages visitées.
Par contres, les visiteurs étant plus assidus (sans doute) restent plus longtemps mais lisent moins de pages à la fois. De même, ce sont des lecteurs assidus qui le visitent et il y a moins de nouvelles visites que la moyenne des autres sites semblables.


le tableau suivant c'est pour la fin et le fun ! Les lecteurs reconnaitront leur pays et leurs habitudes...
Pour se rendre compte aussi que l'on est pisté sur le Net !
....Pays ..--..Visites .-.Pag./visite .-.Tps moyen ..-.% Nouv. visites ..-..Taux rebond1. France ......264 ....1,71 .............01:52 ......................32,58 % ...................72,73 %
2. Mauritius..... 40 ......2,08 ............13:04 ......................5,00 % .....................60,00 %
3. Poland ........24 ......1,38 .............03:16 ......................4,17 % ......................83,33 %
4. Italy .............5 .......1...................00:00 ......................100% ......................100%
5. India ............2 .......1...................00:00 ......................100% ......................100%
6. USA .............2 .......1...................00:00 ......................100% ......................100%
7. Indonesia ....2 .......1...................00:00 ......................100% ......................100%
8. Portugal ......1 .......1...................00:00 ......................100% ......................100%
9. Andorra .......1 .......1..................00:00 ......................100% ......................100%
10. Hong Kong .1 .......1.................00:00 ......................100% ......................100%


3 pays lisent ce blog les autres s'y sont égarés ! Mention spéciale, pour lire et faire lire, à Amandine de Pologne et bises à toi.

multiplication des temps

mardi 15 juillet :

matin :


Comme tous les mardis, c'est travail de journalisme pour Benoît qui m'avait proposé et qui accepte, après lecture, de faire paraître mon dernier poème "Rodrigues" dans la Vie Catholique mauricienne.
Nous retournons à l'Alliance française pour récupérer les verres et les plats ayant servi pour la réception et pour les rendre à la Résidence.


après-midi :


C'est répétitif et cela commence à me gaver, comme le disent si bien les d'jeunss’ dans leur langage littéraire et imagé, c'est encore la pose des nouveaux tuyaux du jardin qui va occuper mon après-midi. Malgré mes prévisions et malgré le bon avancement de la tâche, je ne finirai pas encore ce soir.

Je précise qu'il est inutile de commenter que, de toute façon, pour savoir quand je terminerai mon travail, il faut multiplier le temps de mes prévisions par trois. Lorsque j'ai essayé, dans un souci de précisions prévisionnelles, de faire ce genre d'exercice, je n'ai réussi qu'à multiplier par neuf la durée du temps que j'aurai dû mettre habituellement.

Allons zenfants !

lundi 14 juillet :

matin :

Les préparatifs pour la réception du 14 juillet ne se feront qu'au début de l'après midi. En ces temps de restriction budgétaire généralisé pour notre fête nationale, je me dis que notre bien-aimé président après avoir été qualifié de " blinkblink" risque fort de se voir attribuer le sobriquet de "Sarpagon" ! S'attaquer à la fête, symbole à travers le monde de "liberté, égalité, fraternité", après avoir augmenter son propre "salaire", cela fait peur ! C'est de la dynamite pour sa popularité.

Miraculeusement, j'ai trouvé ce qu'il me faut pour les réparations et l'installation des tuyaux de la fontaine : filasse et pâte d'étanchéité que Jacques, un ami, m'avait apporté de France en 1999. Il en reste suffisamment et c'est toujours utilisable. Je vais donc pouvoir "bricoler" des raccords étanches. Je dis bricoler, car il faut que je recreuse, avec mon inséparable couteau suisse, l'extrémité des nouveaux tuyaux plus gros et plus rigides pour y faire entrer de quelques centimètres les anciens tuyaux, plus fins, plus souples et moins solides et très souvent fendus dans le sens de la longeur, sans que cela ne se remarque à l'oeil. Je vais en faire plusieurs fois l'expérience. La prospérité capitalistique a quand même de bons côtés lorsque l'on trouve ce que l'on désire à portée de la main ou plutôt de la bourse d'ailleurs.



les trois tortues : deux mangent la troisème creusent


En fin de matinée, Greg vient chercher le pic pour son papa, qui s'occupe à nettoyer le parc des tortues et qui se met à en creuser le sol. Je vais voir ce qu'il est à faire et Fred me dit qu'il prépare de la terre meuble parce que l'une des tortues gravide est prête à pondre. Elle délaisse le tas de sable de mer, mis spécialement à leur disposition pour cela, mais la terre a été tassée et est devenue trop dure pour ce travail de fouissement. Je la vois faire plusieurs essais infructueux sur la terre dure, poussée doucement par Fred, elle parvient au-dessus de la terre ameublie et se transforme en pelleteuse. Selon la chanson de Renan Luce et, si elle pouvait avoir le choix, que choisirait-elle ? La pelle de monsieur Marcel le narco ou la pelleteuse ?


Pour le moment elle utilise la pelle que représentent successivement ses pattes arrières droite et gauche. Son travail de fouissement, que je filme, va durer plusieurs heures. Il est lent, régulier, répétitif et efficace. Pendant quelques courtes minutes, c'est la patte droite qui creuse et elle termine en amenant un petit paquet de terre à la surface sur les bords de son trou. Puis, changement immédiat de position, c'est la patte gauche qui plonge à l'intérieur d'un trou d'à peine trente centimètres de circonférence. Cela s'accompagne dans le mouvement de translation de droite à gauche fait par la carapace, de l'émission de quelques gouttes d'urine pour ramollir la terre. Ce qui peut paraître dérisoire, finit au fil des répétitions urinaires, par humidifier complètement les côtés de la petite excavation qui se creuse lentement mais sûrement.

Dommage pour mon reportage filmé, les préparatifs du 14 juillet priment sur ceux de l'observation animalière et la science éthologique. Nous devons passer à table avant de partir. Le repas finit, je retourne voir. Le trou s'est creusé mais le travail de l'infatigable pelleteuse continue. A-t-elle dormi entre temps ? Nous chargeons, bouteilles, plats et ustensiles dans le 4X4 et avant de partir je vais une dernière fois constater qu'il y a peu de chance de pouvoir assister en direct à la ponte des œufs.

C'est Grégory qui avait été le premier témoin de la première ponte et qui était venu avertir son papa. Le terrain est d'ailleurs parsemée de deux ou trois autres nids, soit dans le sable soit dans la terre elle-même. Mais jusqu'ici, les naissances se font toujours attendre. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? D'ailleurs, ne faudrait-il pas essayer de mettre quelques uns des œufs en couveuse ? J'ai vu que Benoît à récupérer sur Internet la façon de procéder, mais jusqu'ici cela n'a pas été tenté. Il faut déterrer prudemment les œufs, marqué d'un trait de crayon le sommet de l'œuf et le placer dans la même position dans la couveuse. Contrairement aux œufs de poule, que les positions antipodiques indiffèrent, retourner les œufs de tortue, tue les petits dans l'œuf.


après-midi :

Nous faisons un premier tour en passant par la "Résidence". Ainsi est simplement appelée l'ancienne résidence du représentant de la Reine d'Angleterre. Vous la reconnaîtrez facilement, dans la rue principale de Port Mathurin, un canon, sur son fût, garde son entrée. Elle est, depuis l'indépendance, devenue un bâtiment administratif. Nous y prenons, plats et verre pour la réception de ce soir. Petit tour par la boulangerie pour prendre les baguettes de pain, fraîchement cuites qui serviront à faire les toasts de ce soir. Autre arrêt, chez une femme qui a fourré des petits pains et qu'il faut payer aussitôt.





Puis c'est l'ascension de l'interminable et unique escalier qui mène à l'Alliance Française, perchée sur son rocher en dominant le port et les rues de Port Mathurin. Le panorama est magnifique. La particularité des marches rodriguaises est la créativité qui s'exprime dans la hauteur de chaque marche. Ici pas de standardisation. Chaque marche à une infime différence près, est un modèle unique. Ceci permet de lutter contre la pernicieuse habitude de ne pas réfléchir en montant un escalier. Si vous voulez rester poli et ne pas tutoyer les marches, calculez bien leur hauteur. Cela présente un autre avantage sous les tropiques, en arrivant au sommet avec votre lourde charge, vous avez l'impression, le souffle court et les mollets cassés, de gravir les derniers dénivelés du Mont Blanc. Je peux vous le dire, moi qui en fais deux ascensions. Bon, je dois reconnaître que j'exagère un peu cependant, sinon je vais avoir droit aux remarques de vieux croutons !

Amandine est la nouvelle animatrice et responsable des lieux. Elle vient d'arriver prendre son poste depuis quelques semaines seulement. Je ne retiens que son prénom qui me fait penser à la fille d'amis et qui travaille actuellement en Pologne. Elle n'en est pas à son premier poste et elle a beaucoup voyagé à travers les pays, puisqu'elle a passée une partie de son enfance en Grèce et que, après avoir fait des études de Beaux Arts en France, son dernier travail se situait en Ukraine. Elle a appris le Russe là-bas. Elle va apprendre le créole ici.

Quelques personnes s'activent dans la décoration des lieux en accrochant les inévitables cocardes tricolores entre les photos exposées pour un concours dont le thème est l'instrument de musique et le musicien. Accordéon diatonique, bobre, triangle, boîte à rythme, bambou à trous, sont prêts pour la fête.

Quand nous revenons à Jean Tac, les deux à trois heures nécessaires à une tortue, pour préparer son nid, pondre et le reboucher sont terminées. Si nous n'avions pas été témoins de la scène c'est à peine si nous saurions qu'il y a là un nid de tortue. En effet, selon leurs habitudes, les tortues de terre, tassent bien la surface de leur nid, pour le cacher aux prédateurs éventuels. De plus, au fil des ans, elles ont l'habitude de le faire au même endroit, si elles en ont la possibilité.


La réception du soir se passe dans une ambiance bon enfant. L'Alliance Française, comme son nom le laisse à penser, est le point de rencontre des français et des amoureux de la France. Le petit mot de Benoît est très court et, presque tout le monde, écoute presque religieusement la "Marseillaise" et l'hymne mauricien qui la suit. Puis chacun continue, à boire et à manger. Le vin rouge de Bordeaux, les rillettes, le tout petit bout de camembert bien fait, juste comme il convient, sont des plats appréciés de tous. L'un d'eux, à fort accent du midi, me demande si j'ai la nostalgie de ce camembert avec le verre de Bordeaux. Ma réponse le déçoit : vacancier, je n'ai pas eu le temps d'avoir de la nostalgie !





Benoît avait apporté des disques de chanson française : Brel, Brassens, Sardou, Hughes Auffray … Quelques chansons de Brassens sont passées en tout début de soirée, mais très vite c'est la musique de l'Océan Indien qui est demandée et que Bertrand passe, dans son rôle efficace de sonorisateur de la soirée.

Je vais y rencontrer des personnes déjà connues : les participants à la soirée chanson, Nigel qui travaille à l'aéroport, Alex revenu de France et qui va habiter avant son ordination au presbytère de Saint Gabriel, son cousin Rosaire qui nous avait promené une journée dans Rodrigues et qui revient d'accompagner un groupe de danseurs rodriguais en France, Monseigneur Alain Harel qui m'a "pistonné" pour que je travaille bénévolement au centre "Frère Rémi", Jean-Claude Pierre-Louis et sa femme que j'ai rencontrés plusieurs fois au cours de mes séjours précédents et qui occupe une fonction importante dans l'administration rodriguaise. Je lui donne des nouvelles de ses tortues et je lui suggère d'appeler celle qui vient de pondre "Marianne" en souvenir du 14 juillet.






Les deux couples résidents à la Résidence Foulsafat sont là aussi, surpris et enchantés de la richesse de leur séjour à Rodrigues : ils ne s'imaginaient pas, en venant, participer à la réception du 14 juillet à l'Alliance Française. Marie-Claude, l'une des bénévoles françaises, professeur de français, au centre "Frère Rémi", est là avec son mari et ses deux filles. Elle est venue à Rodrigues en voyage, à la place de quelqu'un qui avait payé son voyage mais ne pouvait ni venir ni se désister et elle y est restée depuis. Cela se passait en 1990, la même année où nous, nous sommes venus, en famille, la première fois. C'est sans doute aussi durant la même période des vacances. Je discute avec son mari qui travaille à Orange, ex-Mauritius Télécom, des possibilités de connexion pour Internet et des difficultés rencontrées. Le passage à Orange n'est pas encore totalement terminé pour Rodrigues, il ne se fait que progressivement.

Benoît me présente à d'autres personnes et ses fonctions de consul honoraire l'accaparent. Les grands parents français qui sont venus l'autre jour à Jean Tac, sont là avec leurs petits enfants dont ils ont la charge maintenant. "Mon Père", comme on l'appelle ici, le curé de Port Mathurin est là aussi. Il vient de lui arriver une drôle d'aventure : en croquant, sans le vouloir, dans un noyau d'olive, l'une des ses dents s'est fendue en deux dans le sens de la hauteur. Dalila contre Samson ou David contre Goliath, c'est connu mais Olive contre Adam ; l'histoire n'est point narrée dans la bible. Douloureux sans doute ! Une dent en moins, mais contre qui ?

Les personnes partent progressivement : elles viennent de toute l'île, la nuit est complète depuis longtemps et demain est un jour de travail, comme aujourd'hui d'ailleurs pour les rodriguais. Les derniers résistants, demande à danser le séga, pendant que nous commençons à débarrasser les tables des restes de victuailles et que nous rechargeons dans le 4X4 le matériel. En bas, un groupe de français continue à parler avec animation au bord de la route qui monte à Mont Lubin et qui est encore relativement fréquentée à cette heure. Bertrand à quelques difficultés avec la lourdeur de sa sono qu'il a voulu porter seul en descendant les marches abruptes.






Le plateau du véhicule est encombré par les casiers et les cartons de bouteilles et le matériel de sono. Il faut encore y mettre les personnes : les cinq personnes de la famille Jolicœur, Fred, Linda et leur fils Grégory, un copain de David. Amandine est là, un peu inquiète devant tant de monde ; Benoît vient de lui dire, qu'il pouvait la déposer à son domicile sur la route du retour. Benoît conduit, femmes et enfant occupent les sièges à l'avant et les autres hommes grimpent sur le plateau arrière. Face à nous, le lagon s'étale éclairé faiblement par quelques balises lumineuses pour guider les bateaux vers le port. Nous partons ! Nous sommes six à nous tenir comme nous pouvons aux rebords. Fred pour sa part s'est assis sur l'habitacle, le dos au sens de la marche et les pieds sur les baffles de la sono. Benoît conduit prudemment, nous ne sommes pas dans un rodéo ! Après avoir quitté la route qui longe le lagon le 4X4 grimpe vers Terres Rouges pour y déposer Amandine.