lundi 30 juin 2008

un dimanche ordinaire !

dimanche 29 juin :

matin :

Un Fancy fair, c'est la kermesse, pour le judo que pratique David. Je souhaite aller chercher le petit cochon de lait que je dois obligatoirement gagnerà la rafle. C'est le mot créole pour loterie. Nous partons à 11 h 30 en pensant trouver à manger sur le terrain de Lataniers, tout prêt de là où habite Francette, l'une des sœurs de Benoît. Je revois avec plaisir les routes qui traversent Rodrigues et qui oublient toujours d'être monotones.
Mais, là-bas, rien n'est prévu pour le midi. "Nou bien sagrin" dit Antoinette qui venait là pour soutenir les personnes qui s'en occupent. "Nous sommes désolés" mais nous descendons manger au restaurant Cram à Port Mathurin. Elle a ensuite une réunion pour la répétition de la chorale de l'ordination de Jean Alex. Nous prenons tous les trois un steak "chips" rapide, qui se révèle un très bon steak frites et une petite salade, le tout est accompagné de sauce et de condiments à la rodriguaise. J'en redemanderai bien mais Antoinette est pressée et Audrey est déjà sortie et presque arrivée pour la chorale.

après-midi :

Je vais donc, dans Port Mathurin, en direction de Grand Baie quand une voiture me double et me fait un signe pour me demander si je veux monter.

C'est Sylvestre qui va chercher le couple de Réunionnais dont l'avion ne part que cette après-midi. Je leur ai déjà dit "au revoir" avant de partir et ils sont surpris de me voir de nouveau revenir. Explication et nouvelles embrassades. Les voilà partis et je suis seul à Jean Tac. Je ferme donc le portail de l'entrée pour éviter que des animaux en vadrouille entrent et se mettent à manger fleurs et plantations.

Je commence par aller faire un tour du côté de la fontaine quand j'entends un bruit de frottement bizarre. Cela vient de l'enclos des tortues. Carolynn, le seul mâle du trio est en train d'entreprendre l'une des deux femelles qui ne semblent pas très coopérative. Vite et sans bruit, je prends mon camèscope que j'ai dans mon sac et je filme de loin. La femelle tourne la tête vers moi. Surprise dans le plus simple appareil mais pudique, elle essaie de se dégager de son engin de mâle. De son côté, essoufflé Carolynn s'arrête et descend de la carapace de sa copine, mais il est têtu comme un irlandais et il continue de la lutiner – ce sont les abeilles qui butinent -. Avec opiniâtreté et avec sa tête sortie de son logement caparaçonné, il essaie de voir ce qui se passe en dessous des jupons lourds, rigides et fortement amidonnés de la belle qui se défile avec lenteur mais aussi vite qu'elle peut. Je me planque derrière les limoniers et quand je peux, de nouveau et sans bruit, les apercevoir, Carolynn est une fois de plus en train de lustrer, à sa façon, le carrelage dorsal de sa partenaire. Je filme encore quelques minutes, mais tout le monde a droit à son intimité et, en voyageur voyeur, contrit et culpabilisé, je m'éclipse, sans allusion à la lune !

Je passe l'après-midi à mettre à jour mon blog, en faisant face à une petite difficulté d'organisation. Je tape d'abord au jour le jour, sur mon ordinateur, pour m'en souvenir le moment venu, mon emploi du temps succint de la journée. Je transfère le fichier sur ma clef USB, mais il m'arrive parfois que je repère une faute ou que je note une idée, forcément géniale et supplémentaire, sur cette clef, sans sauvegarder ma modification sur mon portable. Vous me suivez ! Ensuite cette clef, je l'insère dans une des entrées USB de l'ordinateur de Benoît… J'ai essayé pour constater que les autres formes d'entrées ne marchaient pas… je préfère vous en avertir.

Ensuite je transfère, jour par jour, le contenu du document vers le blog. Là, il m'arrive encore de corriger, soit sur le blog lui-même soit sur la clef USB. Vous me suivez toujours. Au total, je finis par avoir trois versions et parfois 4 du contenu de mes journées qui doit arriver sur le blog. Ensuite, je fais l'opération inverse pour me remettre à écrire ce que vous vous ennuyez à lire, mazos que vous êtes !

J'en arrive ainsi à 2 ou 3 écrits différents sur le même fait avec des événements qui s'intercalent dans l'un ou qui ont été omis dans l'autre. Il y a tout un travail d'harmonisation à faire. Heureusement que je connais la musique !

Blogueur, désignation moderne de nos anciens "chroniqueurs", n'est pas un métier facile ! Nonobstant et nez en moins, une analyse sémantique et philologique poussée, faite par un grand "là quand nien" de renom, vous ferait remarquer que, dans cette mutation de dénomination, le "verbe" – il veut dire le monème, pardon le mot, mais ça fait plus pédant de dire le verbe "Et verbum caro factum est" … Y'a à bouffer quoi ! et non pas boum sur le carreau – le "verbe" donc, disais-je a perdu sa terminaison de niquer – NTM toi-même ! – pour celle de "logueur" qui ne veut rien dire, en soi, mais en outre qui a la particularité subtile d'avoir la même assonance que blagueur. Ça, ça pétune et ça fait un tabac ! D'ailleurs, on retrouve la succession des mêmes voyelles "Oh" "Eur" : répétez bien "OoOh HeeEUR", honneur ou horreur ! ce qui montre bien que les chroniqueurs qui, donc, n'étaient pas encore devenus eunuques puisqu'ils avaient encore la terminaison pour niquer, même quand ils avaient l'air pète sec et le cul serré, ne racontaient que des conneries en s'emmêlant les pinceaux avec leur plume d'oie (pas au cul ! Vilains mal polis !). CQFD. C'est lumineux et fumant ! Non ?

J'en étais las, et là, de mes démonstrations quand j'ai décidé de me coucher, mais savez-vous ce qui vient de m'arriver d'unique, d'inénarrable, d'hénaurme, de fantastique, d'unique, d'incroyable mais vrai, d'extraordinaire, de sensationnel, de mirobolant, d'écologiquement incorrect – ne poussez pas j'y arrive – en soulevant d'abord ma moustiquaire puis mes beaux draps bien blancs pour me glisser dans mon lit douillet (merci David !) et solitaire ? Non bien sûr ! Et bien je vous le donne en mille, en cent, en milliard, en Euros, en Roupies de sansonnet – et non de sang sonné, ni de cent sonnets – mes draps sont colonisés par une nuée (pas ardente celle-là sauf si j'y mets mon postérieur – Tuporette Polinon chante mon copain Jean-Pierre quand il débite ses insanités - ) une nuée de fourmis colonisatrices, dis-je. Ça grouille, ça fourmille, ça piétine allègrement sur toute la largeur et la longueur du lit. "Mêmekekan" je soulève la couverture j'y vois de tout petits points blancs autour desquels elles s'affairent. Je prends cela pour de petits vers de décomposition de la matière, mais non, ce sont leurs œufs qu'elles commencent à pondre. Coucou les voilà ! Elles installent leur nid de fourmilière dans mon lit ! Je me sens un peu cocu là-dedans, pas dans le lit, dans l'histoire.

Antoinette, que j'ai appelée à mon secours, n'a encore jamais vu cela et se demande bien ce que j'ai pu faire pour être "puni" de la sorte. Je ne me sens, pourtant, ni fautif, ni coupable, ni responsable. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je suis bien venu une fois ou l'autre avec une banane, mais c'est sur la table que je l'ai posée, par sur mon lit, et encore moins dedans ! La meilleure solution défaire complètement le lit : heureusement, il n'y en a pas dans le matelas pratiquement neuf. Antoinette va me chercher une autre paire de draps et d'oreillers pendant que j'enroule soigneusement les fourmis dans les draps, dont je pense, à tort malheureusement, qu'elles ne peuvent plus sortir et je vais les noyer sous la douche. Je secoue aussi la couverture dehors, sans rien voir dans la nuit noire et je remets le tout sur le lit. Mais j'attends pour le refaire d'être sûr qu'une nouvelle nuée de fourmis attila n'a pas décidé de venir venger ses congénères et je viens vous narrer par le menu, ma mésaventure sur mon ordinateur portable toujours à portée de mes doigts.

Si je ne reviens pas vous tenir compagnie, c'est que je me serai endormi, sous ma moustiquaire dont je viens d'avoir la démonstration que ce n'est pas efficace comme "fourmiquaire" !. Cela existe "sa zafaire là" ?

La nuit va se passer très calmement, à l'exception de la présence d'une guêpe, "ène mouss zone", qui ce matin finit de rendre l'âme en "bzibzitant" sur le carrelage près du diffuseur du mortel parfum à moustique. La moustiquaire est aussi "guêpiquaire".
samedi 28 juin :

matin :


Désinstallation et installation de l’imprimante des Jolicœur. Lorsqu'elle bloquait, la solution était d'en installer une autre : cela en fait donc cinq qui bloquent toutes actuellement avec une file d'attente plus ou moins longue. Lorsque les clients de la salle d'attente ne veulent plus la quitter, je suggère de supprimer non les clients mais la salle d'attente : la solution est efficace. Ne reste plus alors qu'à reconstruire une autre salle d'attente et à attendre les nouveaux clients en espérant qu'ils ne s'y incrusteront pas de nouveau. Je vous tiendrai au courant de cette solution que l'on peut qualifier de révolutionnaire, vous en conviendrez avec moi.


Les clients de la Résidence partent aujourd'hui en échangeant leurs adresses ce qui est toujours un bon signe de bonne ambiance dans le groupe. Gérard m'offre en lecture le "canard déchaîné" celui qui fait peur au petit roquet qui aboie. Suivez mon regard !



Je prends enfin le temps de répondre à mes différents courriels.
Le repas de ce midi se fait en "bas pied" c'est-à-dire "sur le pouce" ; on ne va pas s'arrêter aux détails anatomiques et culturels. "Chacun fait fait fait c'qui lui plaît" dit une chanson débile.

Un message de l'ami Alain, le papaheou du forum de l'ANC, m'amène à cette pensée pascale et hautement philosophique. "Sur ce blog, je glose sur une blague d’Alain de Chalosse : certaines femmes africaines sont plus défavorisées que d’autres, celles qui sont entourées de congo laids et celles qui n’ont que des gabonais absents !" "Humour narco" dirait mon amour à moi, "humour 2008" écrit souvent l'Alain en question qui comme chacun sait sont très nombreux et "accaparants". Notre gaule historique fut envahie par des Alains rigolards. Il n'en reste que quelques spécimens rares.

après-midi :


Plus d'une demi douzaine de pieds de vigne ont été plantés au pied du muret, la "miraye", qui maintient la terre en amont de la maison familiale, juste en face de la porte de ma chambre. Cette "muraille" fait environ un mètre cinquante de haut et des fers à béton, en arceau, ont été installés pour la soutenir. Il faut se pencher pour avoir accès au-dessous des arceaux ou bien il faut grimper sur le haut de la muraille pour tailler à partir du haut. Plusieurs sarments ont d'ailleurs commencé à marcotter sur cet espace où passe un petit "simin".

Sans aucune taille depuis sa plantation, les vignes ont proliféré en sarments qui vont dans tous les sens. Ils vont et reviennent à plaisir, tellement que j'ai du mal à repérer à quel cep le long filament que j'ai en main peut appartenir. Est-ce une branche maîtresse ? Les pousses de l'année sont très courtes en général ou exceptionnellement très longues en s'accrochant aux branches de foulsafat qui les bordent et commencent à leur faire de l'ombre. Les sarments n'en finissent pas de s'enchevêtrer et de tournicoter sur elle-même. Je les garde tous pour Antoinette qui sublimera ces simples sarments tourmentés en bouquets sublimes comme elle sait les faire !


Ensuite je continue le nettoyage des bassins du jardin et je fixe, selon les indications de Benoît, les limites du futur petit plan d'eau devant la fontaine.


Quand le soleil se met à jaunir, qu'il vire rapidement à l'orange et au rouge vif avant de faire, aussi rapidement, son plongeon vespéral dans la mer, je décide, ce soir, de m'arrêter de travailler dès que le soleil se couche à partir de ce jour. Combien ai-je pris ainsi de bonnes résolutions concernant mon travail et mon sommeil et combien en ai-je tenu ? Un aller-retour à l'île Rodrigues offert gracieusement à celui ou celle qui me fournira le premier la bonne réponse.


Petite ballade dans le soir tombé, à la nuit tombée. Le simin est cahoteux et caillouteux, la pente est raide et les espaces environnants, lorsqu'ils ne sont pas entretenus, sont envahis peu à peu par les terribles et prolifiques "piquants loulou". Je vous en dirai plus une prochaine fois sur cette plaie qui fut bénéfique pour l'île Rodrigues.

Je tente de repérer la maison de Diane et de Ruben qui se situent au-dessus de la Résidence Foulsafat, mais je ne peux le faire avec certitude. Cette grande et immense maison à deux étages et éclairée, là-bas ce n'est pas la leur !


Je vais admirer quelques trop courts instants la vue sur Grand Baie que je peux découvrir du haut de ces falaises envahies par des arbustes bas, aux dards acérés. Cela donne une végétation, basse, luxuriante, protectrice et impénétrable. Une voiture dont les phares trouent la nuit descend, sans bruit, la route qui mène à la baie. L'air n'est habité que par le sourd, lointain et régulier battement des vagues du ressac contre la barrière de corail. L'ourlet des vagues, d'un blanc argenté, brille au loin, là-bas à la limite du lagon. Le vent des alizés permanent, régulier et tenace, souffle calmement dans le soir tranquille. Un grillon ; il y en a à Rodrigues, ose sa chanson monotone et j'entends des personnes qui parlent le créole "kot ène lacaze", située juste au sommet de la falaise et qui arbore le drapeau mauricien. La nuit se fait plus dense, je rebrousse chemin sans faire le grand tour. L'âge me rendrait-il prudent ou bien le calme profond de ce soir ne m'encourage-t-il plus aux hardiesses de ma jeunesse ?

La soirée et la nuit sont difficiles pour deux raisons. La première est que je veux transférer mes photos sur l’ordinateur familial mais les messages successifs sont décourageants. Mon caméscope une fois branché attend désespérément la connexion et l’ordinateur indique qu’il cherche, désespérément lui aussi bien sûr, ce que je lui demande de trouver. C’est un vrai langage de sourds entre les différents appareils avec, en traduction humaine, un seul discours commun d’ivrognes : « je te cherche, mais en vain ». Après plusieurs essais infructueux sur plusieurs des ports USB, me vient, enfin et soudain, une bonne idée : vérifier le fonctionnement de l’ordinateur : « Control panel » (je suis, ici, obligé de causer anglais) et « system ». Youpie, j’ai trouvé ! Cela fait drôle de se réjouir d’une panne ! Le port USB est désactivé. To be reactived or not toubib reactived ? sans avis de l'AFSAPPS, je réactive et … ça marche !

La seconde est que je cherche à mettre à jour le pilote de mon graveur de DVD sur mon ordinateur portable. Je vais faire plusieurs sites avant de trouver le bon, d’autant plus que selon le côté fils ou le côté pâle de l’appareil, pardon c’est l’inverse, le N° du modèle n’est pas le même. Il y a là une subtilité sûrement technique et évidente que je ne cherche pas à comprendre, mais cependant et nonobstant – je sais je l’ai déjà faite – c’est le mauvais N° que je cherche en premier. Une fois réinstallé correctement, je crains d’ailleurs que ce ne soit pas le pilote de l’avion qui souffre de troubles chroniques mais l’avion lui-même. En clair, il me faudrait changer mon graveur de DVD, mais vu l’âge de l’appareil, c’est tout l’appareil qu’il me faudrait changer si je veux continuer à faire de la vidéo correctement.



Je suis déjà, très déçu par la panne de mon caméscope précédent. Celui que je viens d’acheter, pour le prix de la réparation de mon ancien, n’arrive pas à la cheville de l’autre en termes de qualité et de possibilités. Je suis dans la situation du chauffeur de ces dames qui passe de la Rolls de Madame la Marquise du Château du Coin, à la deudeuche, bien que flambant neuve, pour conduire les gentilles mamies du voisinage. Que penserait mon banquier de l'achat d'une nouvelle Rolls ?

comment griller son café et tailler sa vigne ?



vendredi 27 juin :

matin :

Jo, l'ami de Benoît qui s'occupe des piscines n'est pas à l'heure qu'il avait fixée à son bureau. Sa secrétaire me dit qu'il me rappellera de la journée, mais il ne le fera pas.
Pour rester près du téléphone, je mouds le café marron de Vainqueur, pour la première fois ici. Jusqu'à maintenant c'était une personne amie qui travaillait dans une brûlerie de café de l'île Maurice et qui le faisait pour eux, mais elle ne peut plus le faire. Il faut donc tout faire ici et rationaliser les tâches. Benoît sait déjà le faire griller dans la karaï. Je vais utiliser un robot ménager qui ressemble à nos moulins à café électriques en mesurant la quantité et les temps nécessaires pour obtenir une poudre suffisamment fine pour faire un bon café. Je ne ferai que le contenu d'une boite, le reste des grains grillés est mis dans un sac et au congélateur pour une meilleure conservation.

Je travaille ensuite sur l'ordinateur et je découvre un forum au sujet de l'île Rodrigues sur un site très fréquenté par les amoureux des voyages de toutes sortes à travers la planète. J'y poste un commentaire sur la Résidence Foulsafat.

après-midi :

Je vais continuer la taille de la vigne. Antoinette me demande de garder les branches de sarment pour entrer dans ses compositions florales et décoratives. C'est vrai que ces branches qui ont poussé plusieurs années de suite sans taille, sont tordues et retordues et ont des formes bizarres qui pourraient passer pour de l'art naturelle. J'en ai presque taillé les ¾ et je ne vais garder que les branches maîtresses. Certaines branches à traîner par terre où à pousser au-dessus de la "miraye" ont des formes très suggestives.

J'installe ensuite la moustiquaire dans la chambre d'hôte où j'ai maintenant l'habitude de loger.
Le soir Gérard m'indique de nouveau où se trouve la croix du Sud et sa course jusqu'au mois de septembre. Il me montre aussi, sur la gauche de la croix, la constellation du scorpion et son point d'interrogation à l'envers. Un point très lumineux joue à cache-cache avec les nuages : "ce doit être une planète"" dit Gérard, mais laquelle ?

étanchéité, étanchéité, vous avez dit étanchéité !


jeudi 26 juin :

matin :
Le temps est pluvieux et maussade, au loin, le sommet des vagues moutonne : le couple de Réunionnais en vacances ne va pas pouvoir faire la ballade prévue aujourd'hui avec le pécheur sur les îlots du lagon.


Je vais passer deux heures à scanner les photos d'un livre sur la confection des bouquets pour Antoinette. Je vais ensuite les regrouper dans un fichier sous Word, qui va reprendre la structure et les chapitres du livre original.


Benoît prend l'avion ce matin pour une semaine à la Réunion en passant à Maurice.


après-midi :


Antoinette reçoit un appel de Benoît. Je dois téléphoner à l'un de ses amis de Maurice, Jo. Il travaille dans l'installation de piscines. Il vient de le rencontrer et il lui propose d'enduire de résine les bords des bassins et le lit des écoulements d'eau, les "plastifier" en quelque sorte, comme l'on peut faire pour les piscines ou les canoë Kayaks. Il se proposerait même de venir en vacances ici, à Jean Tac, pour faire ce travail.


J'appelle, je me présente et j'explique ce que Benoît voudrait à quelqu'un qui rentre chez lui, en voiture, mais qui ne comprend rien à ce que je lui dis. Qui est cet ami, français, de Benoît qu'il connaît ? D'où téléphone-t-il ? J'imagine l'incompréhension de la personne : Benoît a confondu les numéros de ses amis.


Antoinette le rappelle et, avec difficultés, j'arrive après plusieurs essais infructueux à contacter le Jo en question qui me rappelle sur le téléphone fixe. C'est à ce moment qu'Antoinette m'appelle pour accompagner la sacro sainte cérémonie de l'apéro des clients en l'absence de Benoît. Avec Jo, nous convenons que je le rappelle demain matin à son bureau.

dimanche 29 juin 2008

Enfin du "vrai" tourisme !

mercredi 25 juin :

matin :

Je vais enfin depuis que je suis arrivé passer une première matinée "touristique" à Port Mathurin. Je prends le bus avec Diane et nous apercevons Grégory qui est dans le même bus que nous pour aller à l'école, mais qui fait semblant de ne pas nous voir.
Le bus fait plusieurs tours et détours dans la montagne, en quittant la route qui longe la plage, avant d'arriver à Port Mathurin. C'est sans doute pour cela que je fais le chemin presque aussi vite à pied, en étant plus fatigué bien sûr. 18 Roupies (Rs) la course. Faites les comptes vous-mêmes.

La capitale de Rodrigues est restée la même mais cependant certaines rues ont beaucoup changé. Le bétonnage et l'empierrement des trottoirs est beaucoup plus prononcé.
Mon portable est Orange : à l'agence de Rodrigues, je sens que je les emmerde ! Le dernier arrivé paraît plus technicien et plus compétent. Pour lui mon portable serait bloqué par Orange, même avec une autre carte Sim. Il faut que je vois cela.
Je recherche une pierre à eau pour aiguiser mon couteau : une seule, cassée, reste dans le troisième magasin que je fais : le "Joly Store"

Le patron a des amis et est venu en France et il aime bien la Bretagne et Saint Malo. Il a aussi été en Angleterre mais il préfère l'état d'esprit des français qui lui paraît plus accueillant.
Il me répare la "pompe" qui manque à ma montre et j'achète un bloc de papier 21X29,7. Je paie le tout une "fortune", en tout cas beaucoup moins que les 25 Rs annoncés sur le carton de la pierre à aiguiser qui est cassée.

En passant, je m'arrête chez Mirella pour acheter des objets et récupérer le change de mes euros en Roupies. Le taux est actuellement à 40 Rs et des poussières pour 1 euros.
J'achète une carte Sézam. (170 RS pour 25 minutes d'écoute jusqu'au 27 septembre.)
J'achète aussi des 7 fois (ce sont des petits gateaux sucrés qui ressemblent à nos bottereaux nantais) et un petit carnet à garder dans ma poche ou mon sac pour prendre des notes (18 Rs).

Je m'arrête aussi chez Jean-Pierre Soussique. Sa maison se situe dans Caverne Provert, là où l'ancêtre de Le Clézio a passé une grande partie de sa vie a chercher le trésor du pirate (le "La Buse" réunionnais ?). Le livre "le chercheur d'or" est à lire, mais en attendant je ne trouve pas non plus la maison. Je vais jusqu'au fond de la vallée et du simin. Une belle maison termine ma route. J'y vais. L'habitant, aussi noir rodriguais que Jean-Pierre est blanc français, m'accompagne et me guide à la bonne maison qui se situe plus en aval. C'est cela aussi la gentillese des rodriguais. Jean-Pierre m'offre un thé et nous parlons plantes médicinales, voyage et Guyane. Il me prête un gros livre sur le sujet : une bible de la pharmacopée créole et amérindienne en Guyane. Il me prête aussi un CD qu'il a fait sur la pêche à la nivrée.
En repartant il m'invite à manger un soir de la semaine prochaine.

après-midi :
Diane et Ruben (en vacances ) viennent pour leur nouvel ordinateur portable. Ils ont récolté 40 virus, trojan, worms et spyware et autres saletés en tout genre, en quelques jours d'utilisation.
J'essaie d' installer leur imprimante : tout échoue à cause des virus me semble-t-il et de Windows Vista que je ne souhaite surtout pas avoir sur mon propre ordinateur.
Avec leur appareil il nous est aussi impossible d'aller sur Internet : blocage par l'antivirus.
Je leur conseille de tout faire formater le disque dur, mais, ils n'ont pas les Cd car c'est une version commerciale de Vista.

Je prends aussi les mesures de la fontaine mais je me heurte au délicat problème de la conversion des cm2 en m2. La prise de conscience et la révision de mes maths sont à l'ordre du jour.

Au repas du soir, chacun ira de son conseil pour indiquer la bonne méthode d'étanchéification de ce qui fuit. Il y a une méthode intéressante à laquelle je n'avais pas pensé : celle du calfatage des bateaux.
Je fais mes comptes

Fontaine, je ne boirai pas de ton eau !

mardi 24 juin :

matin :

les tests de la fontaine
les tuyaux fonctionnent tous.
Départ d'Edouard et de sa femme

après-midi :

Comme tous les mardis, Benoît prépare la page de la Vie Catholique Mauricienne.
Il écrit un article sur la rouroute ou Arrow Root.
Je continue le nettoyage de la fontaine.

le café Vainqueur

lundi 23 juin 2008:

J'ai une semaine de retard dans l'écriture de ce blog.
Je vais donc un peu modifier ma façon de faire.
Je vais afficher, en style télégraphique, mon emploi du temps.
Cela me permettra à moi, de mettre à jour progressivement mes commentaires et à vous d'avoir une idée de ce que je fais au jour le jour.

matin :
Récolte du café à Vainqueur, avec Ruben, le mari de Diane, la sœur d'Antoinette.
C'est la première fois pour lui qu'il va dans cet endroit et qu'il cueille le café.
Projet de la pêche au moule en rentrant mais on s'arrête dans le jardin des beaux parents et il est trop tard : la marée remonte au retour. Ce sera pour une prochaine grande marée. Des personnes sont là pour préparer le repas du soir.
Montage et streaming des rushes que j'ai filmé.
Je vide mon caméscope en le transférant sur l'ordinateur pour la fête du soir.

après-midi :

Il y a un problème avec la photo de David. Le montage n'apparaît pas à l'aperçu, seule la photo originale apparaît !! Benoît fait deux tours chez la personne qui doit l'imprimer.
Différentes préparations pour la fête du soir, étiquettes pour les plats, emballage des cadeaux, gonflage des ballons, transport des tables,
Antoinette dispose d'une façon très particulière la table du salon pour souhaiter l'anniversaire, faire les embrassades et distribuer les cadeaux….
La fête du soir ! Jean-Pierre et son envoi incomplet ….
Urgent, urgent !!! Evelyne m'appelle.
L'émotion visible d'Audrey quand elle écoute les compliments de ses camarades.
Les danses de la fin de la soirée.

les visiteurs de la nuit

dimanche 22 juin :

matin :

Le travail de chroniqueur est une vraie galère ! C'est en effet une gageure de vouloir dans le même temps, d'une part, vivre, travailler, se distraire, discuter, admirer, rêver, réfléchir, créer, ressentir des émotions, dormir, se réveiller et d'autre part les noter par écrit, dans un style qui ne soit pas celui des fameux SMS obligeant leurs lecteurs à un effort permanent de traduction et de compréhension. D'une certaine façon, faire l'un empêche de faire l'autre et lycée de Versailles disent les potaches.

Trois chiens sont venus rendre une visite inamicale aux poules et aux oies (lien) de la Ferme de Benoît et Antoinette. Il était déjà venu faire une pré visite quelques jours auparavant. C’est leur habitude ici, ils viennent, ils tuent, ils laissent leurs victimes sur place pour que la viande faisande et ils reviennent pour terminer leur festin. La première fois, en pleine nuit et dans un demi sommeil, j’avais bien entendu les canards faire du bruit, j’avais trouvé leur agitation bizarre et je m’étais rendormi comme sait le faire tout bon narco qui se demande trop souvent, s’il rêve, s’il fait une hallucination ou si c’est la réalité. Dans ce cas-là, pris entre demi sommeil et demi réveil, je m’étais totalement rendormi sans me poser de question. Je n’en avais d’ailleurs aucun souvenir au réveil et ce n’est que lorsque Antoinette m’a raconté l’histoire de la visite nocturne des chiens que le souvenir m’est revenu.

Cette nuit, c’est Inès, une cliente qui a l’habitude de protéger ses bêtes et est sensible aux bruits qu’elles font la nuit. Elle se partage entre la métropole, la Réunion et sa ferme de l’Equateur, et, dans la nuit, sans lumière et sans bâton, elle va aller pour leur faire face courageusement et les chasser.

Il serait, en effet, difficile de faire même un mini terrain de foot dans la ferme de la Résidence Foulsafat : tout y est en pente et parsemé de "gros la ross" et de "ti la ross". Comment faire pour se protéger ? Elle cherche un bâton mais n'en trouve pas. À son arrivée, deux des chiens prennent la fuite. Il y a des courageux partout. Il n'en reste qu'un qui, bien installé, dans la cage des poules effrayées, continue de jouer avec elles. La partie est déloyale entre ces animaux. Le seul arbitrage autoritaire d'Inès, qui lui colle un carton rouge, finit par mettre le mauvais joueur hors jeu et il prend la fuite lui aussi.

Pendant ce temps une autre cliente, réveillée elle aussi par le raffut fait par les bêtes affolées, avertit Benoît qui arrive sur les lieux. Pas plus que moi il n’a entendu le bruit.

petit déjeuner sous la varangue
Chacun, au petit-déjeuner convivial va pouvoir commenter les aventures de la nuit. Les poules, dont aucune ne manque mais qui se trouvent plus ou moins estropiées, déclarent forfait pour un nouveau match de ce genre. Elles sont dans leur âges mures de joueuses professionnelles ; Fred, leur entraîneur patenté, va les sacrifier dès ce matin. Bien sûr, elles vont y perdre des plumes, mais c'est la vie ! Il faut savoir gagner ou perdre ! Elles vont se retrouver, nues et ficelées dans le fumoir et finiront dans nos assiettes.

Ce fut une nuit agitée, pour quelques uns, c'est maintenant un matin calme de l’océan indien. Je me mets devant l'ordinateur pour scanner et "nettoyer" les photos d'Audrey. Certains héros survivants, confrontés aux secondes qui précèdent la mort, racontent qu'ils ont vu défiler l'histoire de toute leur vie. Heureusement pour moi, c'est l'histoire d'Audrey que je vois se dérouler et que je transfère de la mémoire écornée, jaunie et fragile des photos à la mémoire instable, vive et numérique de l'ordinateur. Avec les années, j’ai perfectionné ma technique de retouche des photos. J’avais commencé à le faire, il y a plusieurs années pour une photo abîmée des 3 enfants Jolicœur. Devant la difficulté, j’avais abandonné. Je pense que je vais pouvoir reprendre cette photo que j’ai toujours sur mon ordinateur.

après-midi :

Ce "tantôt" je finis le nettoyage des photos pour le cadeau que ses frères ont eu l'idée de faire à Audrey. David a déjà commencé le montage qu'il veut faire : une photo d'Audrey, en pied, accompagnée, tout autour d'elle, de médaillons de son visage au cours du temps. Il pense bien l'avoir conservé hier soir, sur l'ordinateur, juste avant d'aller se coucher, mais voilà toutes les recherches sont vaines. Il ne sait plus dans quel répertoire il l'a mise et, rien n'y fait, il va falloir recommencer. Ce qui est un moindre mal, car la première photo d'Audrey qu'il avait choisie n'était pas très bonne ; elle n'avait que le mérite de laisser beaucoup de place autour d'elle. Il en trouve une bien meilleure et le photomontage sera réussi.

Pour le repas du soir, Antoinette me demande, aidé des deux garçons de sortir les rallonges de la grande table du salon/salle à manger. C'est une très belle table en bois noir construite à Rodrigues, mais, depuis plusieurs années, les deux plateaux, têtus et récalcitrants, se sont coincés et plus personne ne peut les faire sortir de leur logement. Chacun y va des ses hypothèses et de ses théories. Je suggère de démonter le plateau principal et Bertrand s'exécute aussitôt. Il ne tient que par quatre vis et l'une d'elle d'ailleurs ne tient pas et lui vient de suite dans les mains. Je pense d'abord qu'il sera obligatoire de poncer ou raboter ou râper les montants des rallonges ou les logements dans lesquels elles passent. Le bois me semble avoir un peu travaillé. Ce ne pourrait être fait que plus tard, car il n'y a, ici aucun instrument pour ce travail de menuiserie. L'idée me vient alors d'une vielle recette, aussi vieille que le savon de Marseille dont nous allons enduire toutes les parties en frottement et qui coincent. Je ne m'attendais pas à un tel résultat spectaculaire, les rallonges une fois remises à leur place, glissent parfaitement avec juste la résistance nécessaire pour qu'elles se maintiennent bien.

Vous qui vous mettez tranquillement les pieds sous la table pour le repas du soir, vous ignorez souvent, les trésors d'imagination que vos hôtes ont dû faire pour vous recevoir correctement, si nombreux !

mercredi 25 juin 2008

Préparation de la fête d'anniversaire d'Audrey

samedi 21 juin :

matin :

L'installation électrique dans la maison est finie, c'est-à-dire que les lumières fonctionnent. Il faudra encore mettre des boites de dérivation. Ceci fut l'un des travaux d'Hercule de mon ami Michel, quand il vint ici, quelques semaines, en 2005, pendant que je construisais la "fontaine du cœur" selon les indications de Benoît. C'est cette fontaine que je commence à réparer, car elle fuit et, dans un pays qui manque d'eau de façon chronique c'est un problème "épineux".

Pendant que les autres clients de la résidence, visitent l'île, à pied, en bus - prononcez bis et prenez-le deux fois -de façon très touristique, je vais aussi réparer des lampes de bureau. L'une a un fil qui avec le temps s'est débranchée, l'autre est plus compliquée à réparer. C'est vraiment du bricolage car le réceptacle du culot de l'ampoule à vis est trop agrandi. Il est très difficile de mettre un autre modèle que l'existant. Je lui fais donc retrouver une forme capable de garder les ampoules qu'on lui confie et je l'oblige à ne plus pouvoir s'agrandir.




Je m'aperçois alors que Fred est en train de faire la première mouture de la dernière récolte du café aidé par son fils Grégory, je les filme. Je vais essayer de mettre des vidéos sur ce blog, je sais que cela est possible mais il faut encore que j'apprenne à le faire et ça, c'est du "bricolage" intellectuel.

après-midi :

L'après-midi, je commence à scanner les photos d'Audrey qui sont sur papier pour le cadeau que David veut lui faire. Elle n'est pas là, actuellement et ne revient que le dimanche après-midi. Cela nous laisse donc le champ libre pour travailler tranquillement, sans crainte de la voir surgir à tout moment. Le plaisir et l'excitation de la fête commence bien avant la fête elle-même, pour tout le monde.

Maintenant une grande partie des soirées se passent en discussion avec les clients au moment de l'apéro et au moment des repas.

Le premier jour de leur arrivée, Benoît précise qu'il sert lui-même l'apéro à ses hôtes, mais que, par la suite, il ne le fera plus. Les bouteilles sont sur la table à la disposition de chacun et chacun se sert à discrétion, selon la bonne formule d'accueil qu'il répète parfois : "tu fais ici comme si tu étais chez toi, mais, sans oublier que tu es chez moi."
Ceci va permettre à Édouard, qui n'est jamais réglé sur pause en matière de plaisanterie, de faire plein d'astuces sur ses habitudes de consommation d'apéro. À l'écouter, en une soirée le contenu du bar de Benoît ne suffirait pas à l'arrêter de boire, s'il en a l'autorisation tacite. Cette déclaration n'a pas l'air de troubler sa femme qui indique qu'elle l'a toujours connu comme cela, en matière de blagues, et même que, l'âge ne faisant rien à l'affaire, hélas, quand il était jeune, c'était bien pire.

vendredi 20 juin 2008

réunion de parents et hygiène du sommeil


vendredi 20 juin 2008 :

Ce matin, je vais à Port Mathurin pour participer à une rencontre entres les animateurs du Centre Fère Rémi à Camp du Roi et les parents des jeunes stagiaires. Comme j'ai mal compris les horaires que m'a donné Antoinette, je pars en retard. Benoît qui va faire ses courses à Port Mathurin, me rejoint en cours de route et me prend sur sa moto. La réunion est commencée et la personne, Madame Pierre-Louis qui intervient avant moi, est à faire son intervention. Elle parle, lentement, un créole imagé de comparaison pour bien se faire comprendre des parents souvent en difficultés comme leurs enfants. Je comprends tout ce qu'elle dit à de très rares exceptions. Elle intervient sur le développement de l'enfant et de ses besoins : comment l'enfant peut-il construire sa personnalité. Elle prend pour comparaison la construction d'une maison. Il y a besoin "delo", du ciment et du macadam : de l'eau, du ciment et des graviers pour que cela soit solide. L'eau c'est l'amour qui réunit tous les autres éléments, le ciment c'est la force et le macadam ce que les parents donnent et apprennent à leur enfants. La ferraille mis dans le ciment c'est la discipline.

Il y a une pause avant que je ne commence à mon tour. Verlaine me présente : je suis français, mais je comprends le créole même si je ne le parle que très peu. Je vais être moins imagé que celle qui m'a précédé et je ne parle qu'en français entrecoupé de quelques expressions en créole qui font sourire les participantes. Il n'y a là que des mamans et Madame Pierre-Louis avait déjà souligné, en s'excusant auprès de moi, que j'étais le seul homme présent.

A la fin de mon intervention, dans les question posées par les participantes, il est question de télévision le soir et de son impact sur les jeunes adolescents qui prennent pour argent comptant et pour réalité extérieure ce qui n'est souvent dans les feuilletons que fiction déformante de la vie en dehors de leur île. Je profite de cette occasion pour parler d'hygiène du sommeil car certains enfants regardent la télé chez eux jusqu'à 5 heures du matin. En arrivant au centre, ils sont alors fatigués, mal réveillés, plus remuants et agressifs qu'ils ne devraient l'être normalement.

Il est convenu que je peux recevoir les parents à leur demande et d'emblée une personne me demande un rendez-vous. Le lundi matin, dans une semaine, je ferai une autre formation pour les animateurs et pour les jeunes du centre.

En revenant Antoinette s'arrête, à Anse aux Anglais, chez son amie Mirella, pour faire des courses dans la boutique qu'elle tient au bord de la route face à la plage. Son mari travaillant à la banque et revenant le midi pour manger, j'en profite pour laisser un billet en Euros dont je reprendrai le montant en Roupies, après soustraction du change, en repassant une prochaine fois.

l'après-midi,


Après ma sacro-sainte sieste, je continuerai l'installation d'une autre applique électrique dans le couloir à l'étage. Je ne sais finalement si c'est une bonne chose d'avoir la réputation d'être bricoleur !


Comme j'en raffole, que j'en redemande et qu'on m'en ressert, à me demander moi-même, si je ne les crée pas pour mon seul plaisir, je découvre deux problèmes à régler. D'abord, la boîte de dérivation à laquelle je dois ajouter deux fils et les connecter est tellement pleine et les fils sont tellement enchevêtrés qu'une chatte lilliputienne n'y retrouvait pas ses petits et qu'on ne pourrait même pas y glisser une lame de rasoir : une Gillette évidemment. Ensuite, comme la salle d'eau vient d'être refaite, la douche a été installée juste en dessous. Le support du pommeau est à un mètre environ. Un incident : le pommeau qui échappe à l'Ève qui se douche, Adam qui se prend des envies de s'amuser dans une bataille d'eau amicale et c'est l'arrosage de cette boite garantie aussi non étanche qu'une passoire.

En fouraillant dans le fouillis des fils (remarquer l'allitération !), je fais de nouveau sauter les plombs : pas les miens ceux de l'installation. L'expression est étonnante : comment ces lourdingues de plomb peuvent-ils bien s'amuser à faire du sport, une pareille expression est lourde et dingue ! L'expérience aidant et comme la nuit est déjà tombée, sans se faire mal et en douceur, je décide - finement, à mon avis - de faire les branchements finaux le lendemain matin. Le diable n'aime pas être tenté trop souvent, cela l'excite et il devient survolté ! Il pèterait les plombs et ça sentirait le soufre.

fin de la première semaine à Rodrigues

Jeudi matin 19 juin 2008 : déjà 8 jours que je suis là.

J'accompagne Benoît à la cueillette du café. Au lieu de passer par le centre de l'île, nous essayons de passer par Baladirou qui permet déjà de raccourcir le voyage de plus de la moitié du temps alors que les travaux ne sont pas finis. Un rapide coup d'œil des hauteurs de la Baie pour vérifier que, en face de l'autre côté de la baie, les travaux dans les falaises ne vont pas nous empêcher de passer et nous abordons la descente puis le premier virage, face à la plage. Un bruit bizarre, à l'avant du 4X4, nous alerte. Le pneu avant droit est crevé. Cela se passe là, juste à l'endroit où, en 1998, j'étais venu dégager le cœur d'un grand palmier abattu par le cyclone de la nuit.

Benoît était alors ministre de l'île et il était revenu très vite dans "so lacaze" pour me demander si je pouvais extraire le coeur du palmier. Une expérience nouvelle à tenter, vous me connaissez, je suis partant car, rien, sauf moi-même à l'occasion, ne me fait peur. Nous étions partis toute la famille pour voir le spectacle de désolation que le cyclone, heureusement peu violent cette nuit-là avait laissé, en passant à environ 150 km de l'île. Durant mon travail avec les outils du bord, machette et hachette, Bertrand, alors jeune, se mettait toujours en face de moi pour bien regarder ce que je faisais. Un mauvais coup du sort et la hachette qui se démanche ou s'échappe de mes mains, il était dans la bonne direction pour la recevoir. Je lui explique donc le danger calmement, une première fois, gentiment, une seconde fois puis excédé, une troisième fois, je lui crie "Bertrand ! Dégage sur la plage ! Cette phrase le poursuivra longtemps.

Pour l'heure, il faut changer de roue. Le bricolage mécanique n'est pas le fort de Benoît et il demande au téléphone à Fred de venir nous aider. La roue de secours et le matériel sont bien là, je commence le démontage. Mais quand il s'agit de trouver comment enlever la roue de secours de son logement c'est une autre histoire. Il y a une astuce que nous n'avons pas le temps de trouver ! Fred arrive juste à ce moment-là sur sa moto. Le pneu est remplacé et le pneu crevé par un gros clou est placé sur la plateforme arrière. Nous repartons.

Nous nous arrêtons au bord de la route à Dans Bébé, le jardin du père d'Antoinette est juste dans la vallée au-dessous de nous à environ 500 mètres à pied. Le soleil brille, le panorama est magnifique, je filme. Un petit "ki manière" en passant et nous remontons vers le "carreau café" de Benoît à Vainqueur. Les mauriciens utilisent ce mot pour désigner un jardin, mais les rodriguais ne l'utilisent qu'accompagné de la désignation de ce qui est planté, jamais seul. Il y a donc les carreaux café, les carrés maï, les carreaux manioc etc. …

Pendant que nous faisons la récolte du café Benoît propose le projet d'un film sur le sujet. Benoît n'oublie jamais qu'il a été journaliste à la MBC (Mauritius Broadcasting Company), la télévision mauricienne. Le reportage est sa passion. Maintenant, en tant que réalisateur, il a déjà fait deux films. L'un "Baba", sur un planteuse rodriguaise a même été distingué lors d'un festival. Il vient d'en terminer un autre sur la constitution de la chapelle de Brûlé en église et sur les changements que cela a opéré dans la communauté des villages concernés.

Après-midi :

Benoît est parti à une réunion de travail, je réponds à mes courriels et je fais ma sieste. Je suis réveillé par la voix d'Antoinette qui range à côté de l'escalier près de ma chambre. Elle discute avec une autre personne dont je ne reconnais pas la voix mais j'aime entendre l'accent traînant et chantant à la fois de Rodrigues ! C'est un régal pour mes oreilles de musicien. Les conversations sont une mélodie permanente. D'ailleurs des chansons, nous en aurons ce soir. Des amis viennent manger et chanter dans la famille Jolicœur.

Pour l'instant, je vais continuer le montage de l'électricité. Avec Antoinette, nous mettons une ampoule, ça marche ! Hourrah ! Bertrand appuie sur le bouton en haut de l'escalier et l'ampoule grille en faisant sauter le disjoncteur. Je fais ce que j'aurais dû faire depuis le début, je dessine les plans d'un va et vient et je regarde comment l'installation a été faite. Je ne devrai jamais me fier seulement à ma mémoire. Elle me joue tellement souvent des tours, je le sais, mais j'oublie. Heureusement, je comprendrai l'erreur que j'ai faite, à cause d'une astuce lors du montage initial par le professionnel. Il s'est servi de ce qui devrait être le fil de terre pour brancher l'une des phases. Moi j'ai bien mis le fil de terre à la terre ! Le professionnel n'avait pas d'autre choix, moi si, du fait de mon ajout d'un fil à trois brins pour aller à l'applique. Tout sera prêt pour le début de la soirée chanson, mais je n'ai pas fait tout ce que j'avais projeté de faire.

Participer à une soirée chanson à Rodrigues est un moment de joie et de convivialité qu'il ne faut surtout pas rater. Les rodriguais sont des musiciens dans l'âme et les rythmes du séga sont rapides, vifs et endiablés. Deux instruments au début, pour accompagner les chanteurs : la guitare de l'un des convives et l'orgue de Bertrand. D'autres instruments de percussion, réels ou improvisés vont se joindre aux deux musiciens pour ponctuer le rythme : tambour, sorte de maracas sud américain, bouteille et couteau. La soirée commence par des chants français et anglais que le guitariste connaît bien. Bertrand accompagne à l'orgue dont il sait varier intelligemment les multiples possibilités. Au cours de la soirée, Nigel commence un air rodriguais que Benoît reprend. Vont se succéder alors tous les "standards" des mélodies rodriguaises, ponctuées des grands éclats de rire de Benoît ou de Nigel. La raison des éclats de rire semble difficile à comprendre pour un couple de français qui fait partie des invités, mais ce qui est sûr c'est que le rire est communicatif et tout le monde rit et reprend en chœur les refrains. Le rodriguais, comme sont nom l'indique, est "joyeux" !

AOC de jus de limon : merci Claude.

Mercredi matin 18 juin

Comme je souhaite boire du jus de limon, je me lance ce matin dans la réparation du robot pour faire les jus de fruit. Il est en panne, car une petite patte en plastique, chargée de maintenir le fruit sur un cône, s'est cassé et un limon rodriguais c'est très savoureux mais petit. Vous ne connaissez pas le jus des limons de Rodrigues : c'est l'une des merveilles de la nature qui mériterait, parmi d'autres à Rodrigues, comme les petits piments, une Appellation d'Origine Contrôlée si elle existait au plan international. La trouvaille n'est pas de moi, elle est de Claude Pavard, le français, "membre de la Société de géographie, de la Société des Explorateurs Français, Chevalier des Arts et des Lettres, Chevalier des Palmes Académiques, Officier de l'Ordre du Mérite Mauritanien à titre national et " Member of the Board of Trustees of the Seychelles Islands Foundation", cinéaste, conférencier et chercheur que j'ai suivi quelques jours, dans la région de Chinon en France, alors que j'accompagnais Benoît qui était invité par lui à présenter Rodrigues et son tourisme.

Puis c'est la gravure d'un morceau de DVD sur un Cdrom pour préparer l'ordination d'Alex Perrine qui a lieu le 15 Août.

Puis c'est le démontage du néon dans l'escalier qui mène à l'étage. Antoinette veut le remplacer par une applique qui sera plus basse, mieux placée et moins consommatrice d'énergie. Pour moi, le problème est qu'à Rodrigues, comme l'isolation du froid est le cadet des soucis des maçons rodriguais, les murs sont constitués d'une simple épaisseur de parpaings : appelez-les "blocks" si vous voulez vous faire comprendre. De même appelez "macadam" ce que nous appelons gravier et bientôt vous saurez assez de mot créole pour venir "bricoler" à Rodrigues.

Ce détail fait que pour accrocher le moindre, tableau, le moindre petit cadre, il n'est pas question de punaise ou autres petits et discrets systèmes d'accrochage. Il faut la bonne vieille perceuse à percussion et une bonne cheville adéquate.

Après-midi

L'après-midi je continue le travail de streaming des rushs de vidéo que j'ai déjà pu commencer. L'ordinateur de Benoît est beaucoup plus efficace que mon ordinateur portable qui ne possède pas assez de mémoire vive pour pouvoir travailler la vidéo. Alors je rame avec ma RAM.
En tapant sur mon ordinateur ces derniers mots, cela plusieurs fois que je m'endors sur mon claviereeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee…. je me réveille encore ! Promis, je vais me coucher !

J'ai eu tort de me fier à ma mémoire en démontant la rampe du néon de l'escalier ! C'est un système de va et vient et quand je veux les réinstaller, je dois ajouter un fil à trois brins pour me rendre à l'applique qui est maintenant située plus bas. J'ai donc un fil supplémentaire dont je ne sais pas trop quoi faire, de plus la fabrication de ces fils n'est pas la même qu'en Europe. Mais si bon sang bien sûr, comme disait le commissaire Bourrel, c'est la mise à la terre ! Je vais donc l'installer. J'ai pourtant testé les fils avec un testeur électrique qui fonctionne bien, Bertrand a même déconnecté le courant sur cette partie de l'alimentation électrique de la maison. En saisissant les fils, même en croyant faire bien attention, je prends une poignée de châtaigne en les remontant. Mon cri de surprise rameute toute la maisonnée. Rien de grave ! Je finis de tous les rebrancher et rien n'a sauté ! Comme Monseigneur Jean Harel, l'évêque de Rodrigues vient partager ce soir notre repas dont Benoît est en train de mettre au four le plat principal de poisson, je ne ferai pas les essais ce soir. Il n'est pas tard, mais la nuit est déjà tombée et je suis saisis d'un doute providentiel !

Je profite de quelques minutes de répit pour aller tester la fontaine en remplissant d'eau le canal et en prenant mes repères de niveau d'eau.

Le repas du soir est agréable et Monseigneur commence par parler de sa passion pour le jardinage et la plantation d'arbres. Il est accompagné d'Irlande, une psychopédagogue, d'origine mauricienne qui vit actuellement en Australie mais ce soir nous ne parlerons ni pédagogie pratique ni psychologie inductive ni philosophie socratique, ni théologie existentielle. Tout au plus parlerons-nous, et je vous jure que ce n'est pas moi qui ai lancé le sujet, de sommeil. Est-ce une perte de temps ? Nous pourrions faire tellement d'autre chose pendant ce temps inutile ! Dans cette partie du monde perdue dans l'immensité de l'Océan Indien, comme en France, les gens sont ignorants de la physiologie et du fonctionnement du sommeil. Il est trop tard pour faire un cours sur le sujet qui risquerait d'endormir tout le monde ! Dommage, j'aurais pu étaler ma science comme on étale la confiture de papaye sur le bon pain !

"mille petits quotidiens à l'île Rodrigues"

Mardi matin 17 juin 2008


J'ai fini de lire ce matin le livre de Christian Némorin, préfacé par Benoît : "Mille petits quotidiens à l'île Rodrigues", imprimé en 2006. L'auteur raconte son séjour d'un an à Rodrigues en 1981. Il avait alors 12 ans et son papa, un policier mauricien, emmenait toute sa famille avec lui. Sa maman travaillait comme infirmière à l'hôpital de Crève-cœur, alors démuni de presque tout. C'est donc dans cet esprit de rencontre de la différence de culture entre Maurice et Rodrigues que ce livre est écrit avec intelligence et dans le respect de la découverte de l'autre. A cette époque Benoît arrivait en France, à Angers, pour y faire des études.

Avec un certain décalage dû au temps, j'y retrouve, à la lecture de ce livre, bon nombre de détails que j'ai pu observer aussi dans notre court séjour de 3 semaines que nous avons fait 9 ans plus tard. Mais les choses avaient déjà changées et cela n'a fait que s'accélérer depuis. "Oh temps suspend ton vol "... a dit le poète, mais chacun sait que personne n'écoute plus les poètes dans notre monde trop rationaliste.

Au petit déjeuner Benoît m'informe qu'il a besoin de travailler à l'ordinateur toute la journée. Le mardi est le jour où il doit envoyer la page de Rodrigues à l'hebdomadaire mauricien La Vie Catholique.

J'ai donc commencé à tailler la vigne grimpante qui se trouve juste devant la porte de la chambre d'hôte que j'occupe à l'arrière de la maison familiale. Depuis plusieurs années, cette vigne a poussé sans être jamais taillée. C'est une chevelure presque inextricable de petites branches qui s'enchevêtrent et s'entortillent à plaisir sur elle-même et sur les autres. Un "pié tamarin" essaie aussi de percer au milieu de ce buisson soutenu par une armature en fer et installé dans le but de mieux exposer les grappes à la lumière. Actuellement, alors que nous sommes au début de l'hiver austral, une seule petite grappe est pratiquement mure et pourra être mangée dans quelques jours. La vigne s'est épuisée à ne produire qu'un fouillis de branches que je me fais un devoir à réduire à l'état de sarments. Mais je procède progressivement et par étape tellement il est difficile de s'y retrouver. Mon projet est de ne garder que les plus belles branches maîtresses. Je vais sans doute prendre plusieurs jours pour le faire en procédant par petites tailles successives. Ici la végétation ne se repose pratiquement jamais comme dans nos pays d'Europe, Cette vigne aussi a besoin d'une cure d'amaigrissement comme la fontaine dont je vais m'occuper ensuite.


Après midi

Le désherbage et le taillage des arbres et des plantes de la fontaine sont enfin totalement finis, les tests d'étanchéité vont pouvoir commencer. Le soleil et la chaleur sont revenus : je bronze en travaillant !

Benoît a fait une recherche sur Internet pour l'Arrow root. C'est un légume de la famille des marantacées qui offrent beaucoup de qualité alimentaire dont la principale est son absence de gluten, ce qui la rend beaucoup plus digeste et utilisable pour les bébés et les personnes âgées. Elle est de plus, facile à cultiver, rustique, sobre en eau et en engrais, résistante aux maladies et productive. Ses défauts sont un cycle lent de production et une mise en œuvre par plusieurs étapes pour pouvoir la manger : "récoltage", broyage, mouillage, tamisage, séchage et "réductionnage" en poudre ; tous ces "âges" ont fatigué les utillisateurs qui n'ont pas gardé "l'usage" de cette plante. Une personne assure pourtant que parfois cette racine est mangée telle qu'elle est, assaisonnée avec une sorte de vinaigrette dans une recette de l'île Maurice.

mardi 17 juin 2008

Réunion à Camp du Roi. L'arrow Root ?


Lundi 15 mai 2008

Avec Antoinette, je me rends à Camp du Roi : un centre d'aide à des jeunes en difficultés scolaires, familiales, sociales et professionnelles. J'ai déjà rencontré plusieurs fois Verlaine la directrice. Elle souhaite, avec son équipe d'animateurs, réfléchir aux difficultés qu'ils constatent dans l'accompagnement de ces jeunes en difficultés, familiales, sociales et professionnelles. Elle aussi, ce qui l'anime est sa foi religieuse. Antoinette y donne, bénévolement, des cours de mathématiques. Une autre française de la Réunion, dont le mari travaille à Port Mathurin pour Orange, donne, elle aussi bénévolement, des cours de français. Deux jeunes hommes donnent les cours pratiques d'agriculture (prononcez agrikiltir, car ici tous les "U" français se transforment en "I" créoles.)

Assis sous une varangue, entourée de fleurs et de plantations du centre, Verlaine présente tous les profils des jeunes avec leurs difficultés puis nous discutons de ce qui pose problème à l'équipe. À ses dires, les difficultés vont en croissant au cours des années en particulier en ce qui concerne la discipline et le respect des règles. Il me semble que, ce qui pose problème et dont il faudrait pouvoir discuter davantage, c'est la dissonance éprouvée par ces jeunes entre le laisser-aller souvent vécu dans le milieu familial et les règles qu'ils ont pourtant choisis de respecter en s'inscrivant au centre. Qui suivre et qui a raison ? Cette question récurrente les met en difficulté personnelles. Il faudrait pouvoir travailler davantage les relations entre les parents et le centre mais pour des raisons de pauvreté et de coût de déplacement, les parents qui habitent les différents coins de l'île ne sont réunis à Port Mathurin qu'une fois par trimestre. Comment améliorer cette fréquence ?

L'équipe a l'habitude de réfléchir à son travail et est en demande de formation pour tout ce qui touche la psychologie de l'adolescent en difficulté. Après le travail manuel, voici le travail intellectuel ! Je repars avec une première intervention à faire dès vendredi matin prochain auprès des parents dont ce sera l'une des réunions trimestrielles. Je ne serai pas le seul intervenant extérieur au centre et je compte discuter avec eux de la façon dont les règles sociales sont posées et respectées chez eux par les jeunes. Le conflit et l'opposition sont constructeurs selon la façon dont ils sont résolus par chacun. Le laisser-aller, lui, peut être déstructurant pour eux. Comment faire comprendre, simplement, tout cela à des parents qui sont eux-mêmes en difficultés ?

Cet après-midi "promenade" a dit Benoît.....
D'abord Mont Lubin pour récupérer son montage vidéo qui ne fonctionne pas bien. Il a un autre DVD, vérifié celui-là. Puis direction chez un rodriguais qui est fonctionnaire et qui cultive, en plus, de l'arrowRoot. C'est une plante à racine beaucoup cultivé avant à Rodrigues et dont lui voudrait relancer l'exploitation avec plusieurs objectifs dont l'un étant que c'est une plante, productive, qui pousse facilement sans engrais avec peu d'eau, etc...Bonne pour la nourriture humaine et pour la nourriture des cochons. Pour se consommer cette racine doit être transformer en farine et le processus prend un certain temps : mouillage et séchange, même en plein soleil, sont parfois long à obtenir.




Benoit, qui ne savait pas trop quoi penser, au début, est maintenant convaincu par l'entretien avec cet homme. Il souhaite donc en faire un reportage, mais cela ne se fera qu'à certaines conditions. J'ai filmé tout le temps de l'interview, mais c'est plus pour pouvoir reprendre les éléments de l'entretien. A cause des alizés qui soufflent très fort aujourd'hui, je ne pourrai rien entendre de ce qui se dit.

Puis nous nous arrêtons, au bord de la route de Dans Bébé, pour descendre 500 mètres plus bas dans la vallée, voir le père d'Antoinette, un solide paysan rodriguais que le travail de la terre semble protéger des atteintes du temps et qui est la mémoire vive de la famille Bégué et de son histoire. Elle est connue dans Rodrigues et il m'a raconté un jour comment cela s'est passé pour lui.

Quand la décision fut prise de construire la grande église de Saint Gabriel, la plus grande de l'Océan Indien dit-on, il fallut récupérer les terres du gouvernement à l'habitant de l'endroit qui la cultivait. C'était l'aïeul des Bégué. Dans un esprit colonialiste, et sans doute un peu condescendant, à l'égard de ce "brave paysan" que l'on a dû penser sans grande ambition, l'administration pour le convaincre de partir de "sa terre" lui proposa en échange de devenir propriétaire d'autant de terrains du gouvernement disponibles qu'il voudrait bien choisir librement. Parole donnée, cochon qui s'en dédie ! L'aïeul des Bégué choisit donc librement. Peut-être aurait-il pu choisir toutes les terres disponibles de l'île Rodrigues ? C'était l'époque où les hommes et la nature respectait à la lettre les consignes de la bible : "croissez et multipliez vous !" Rodrigues n'était-elle pas considérée comme son paradis terrestre !

Pensant à sa nombreuse famille, ce paysan plus malin, plus rusé, plus madré, plus prévoyant, plus calculateur que ne le pouvait concevoir, dans leur esprit prétendument supérieur, ces messieurs de l'église et du gouvernement, choisit un immense terrain dans l'une des plus belles vallées de Rodrigues, la région de Grand Baie. Je ne ferai pas de jeu de mots. Ces terres, sont nommées les "terrains Bégué" à Rodrigues.

Le père d'Antoinette était jeune à cette époque d'avant la guerre mondiale de 39-45, lui aussi possédait la même ambition que son père. La guerre lui en offrit le moyen. Enrôlés par les nations en guerre, comme beaucoup d'autres groupes d'hommes, africains, malgaches, bretons, pour servir de "chair à canons" selon l'expression méprisante des militaires, les rodriguais servirent, eux, dans l'armée anglaise. La guerre terminée, beaucoup de rodriguais survivants, repartirent aussitôt dans leur île, dès que l'occasion leur en fut donnée. Le père d'Antoinette resta encore dans l'armée, le temps suffisant pour amasser par sa paye dont il ne dépensait que très peu, la somme suffisante pour acheter le maximum de terre qu'il pourrait acquérir au moment du partage de l'héritage. C'est ainsi que la Résidence Foulsafat et sa ferme familiale se trouve situé sur ces terrains Bégué.

Avec ma famille, nous avions vu cet endroit, en nous rendant à Grand Baie, lors de notre premier séjour à Rodrigues en juillet 1990. Ce n'était encore qu'un immense terrain nu, sans plantation, sans habitation, qui nous avait fait penser, alors, à la désolation des Monts d'Arrhée en Bretagne. La grande sécheresse de 1976 était passée par là et Rodrigues continuait d'en panser les plaies douloureuses et traumatisantes. Benoît et Antoinette qui nous recevaient dans "so lacaze" habitaient alors Pointe Canon, à la sortie de Port Mathurin. Audrey n'était qu'un "zoli baba" que quelques semaines et elle fête ses 18 ans dans quelques jours.

Revenons au présent et aux cultures du père d'Antoinette. Il cultive seul un grand jardin qu'il a planté en ce moment avec des haricots rodriguais. Ce sont des haricots rouges que l'on appelle "grains" dans les recettes rodriguaises. La récolte de maïs a été faite et les épis sont stockés dans sa cabane de façon très particulière. Benoît a regretté ensuite de ne pas les avoir pris en photos. Les épis, dont on a complètement découverts les grains en rabattant en arrière les poupées, sont attachés par ces poupées à une perche au centre et forment un rond. Ils forment ainsi une succession de cercles concentriques qui s'entassent les uns sur les autres en constituant une tour d'épis de maïs. Il y a plusieurs tours à sécher dans la cabane. Il faut noter que, quand les français mangent du "maïsse", les rodriguais eux mangent du "maï", mais pour finir, ils ont la même chose dans leur assiette ! Dans un enclos vivent une dizaine de cabris. Une femelle dans un enclos à part est encore avec son jeune cabri que notre présence effraie un peu.
Nous repartons, non sans avoir cueilli 4 gros fruits de papaye

peinture au centre paroissial de Grand Baie et promenade sur la nouvelle route vers Baladirou.

Dimanche 15 juin 2008 :

Ce matin Benoît me demande si je veux bien l'accompagner pour aller peindre le nouveau centre paroissial de Grand Baie, situé derrière l'église. Bien que devenu athée, rien ne m'empêche de participer à la vie de la communauté rodriguaise très fortement marquée par la pratique religieuse effective du catholicisme.

L'une des particularités de la vie mauricienne et encore plus de la vie rodriguaise, c'est le fait que l'identité personnelle est très liée à l'appartenance religieuse. Ce besoin d'identité est très marqué par le cosmopolitisme religieux à Maurice où, catholique, hindouiste, musulman, chinois pratiquent chacun leur religion. Je ne suis pas exhaustif dans mon énumération et cela est dû à la diversité de l'histoire du peuplement. La situation est très différente à Rodrigues où presque 95% de la population est catholique et pratique avec ferveur ; très souvent dans les conversations les rodriguais donnent un sens religieux à ce qu'ils font dans leur vie de tous les jours et le disent. La religiosité des premiers habitants connus de l'île, François Leguat et ses amis huguenots masculins, a-t-elle marquée de façon indélébile l'ambiance de cette île, eux qui pensaient réellement y trouver le paradis terrestre de la bible, mais qui n'y sont restés que 2 ans. "La femme est l'avenir de l'homme" a dit le poète et ils l'avaient oublié !

Les quelques pour cent restant de la population se partage entre différents groupes protestants, musulmans, chinois et hindous. Il n'est pas rare que dans une même famille, ses membres soient de communauté religieuse différente. La neutralité laïque de l'état d'esprit français est très loin mais, la tolérance est cependant très grande et c'est l'essentiel pour moi.

Nous voici donc à pied d'œuvre et nous sommes 4 à travailler. Il y a Alain que je ne connais pas et Georges, un frère d'Antoinette. Nous nous retrouvons avec plaisir. Nous avons déjà travaillé ensemble chez Benoît. Il faut noter que le travail de peinture est déjà commencé et est fait par des bénévoles ; bien sûr, tous ne sont pas peintres dans l'âme et cela se voit dans le travail déjà réalisé. En fin de matinée, le président de la fabrique, c'est-à-dire du groupe d'administrateur des finances de la paroisse, passe et ne tarit pas d'éloge sur le travail fait. Bien sûr, ici comme à l'île Maurice qui possède aussi un lieu nommé Grand Baie, nous avons droit à la blague classique. Selon l'endroit où l'on habite, fait-on partie des grands baiseurs ou des grands baisés ? Celui qui parle considère toujours que sa situation correspond à la première catégorie bien sûr !

Deux problèmes de construction se posent.

Le premier est le fait que le toit est une terrasse sans bordure et que la pluie tropicale va ruisseler le long des murs et abîmer les peintures à la longue. Le second est que, à l'endroit le plus exposé aux alizés la pluie pénètre par les ouvertures des fenêtres. Il faudrait fabriquer des auvents qui n'ont pas été prévus dans les plans. Benoît et Georges semblent compter sur mes qualités de bricoleurs pour résoudre le problème des auvents de façon simple. Pour la toiture ce sera un professionnel qui le fera. Encore du travail !

L'après-midi, je me fais prendre en photos par David dans tous les coins de la maison où j'ai l'habitude d'aller pour l'envoyer à Lucile et Ronan afin qu'ils puissent voir dans quel lieu je vis. Mais qu'est donc partie faire aussi loin ce grand-père voyageur ? Mes enfants, ma grande fille Karenn en particulier m'avaient déjà trouvé le nom de "papa courant d'air" !

la nouvelle route de Baladirou

Je rejoins ensuite Benoît et Antoinette déjà partis faire une promenade vers Grand Baie et la nouvelle route de Baladirou en chantier. Les machines creusent la roche et la falaise pour aménager une piste en terre qui soit praticable dans un premier temps. J'avais d'abord écrit carrossable, mais si le mot reste je vois mal les carrosses brinqueballant dans les trous et bosses des chemins rodriguais. L'enrobée viendra plus tard.

Sur le chemin (route est un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire créole de Rodrigues), beaucoup de personnes se promènent et discutent des travaux en cours. Personne n'est contre cette route qui fera gagner beaucoup de temps aux habitants de cette région pour se rendre dans la capitale Port Mathurin. En chemin, nous rencontrons Jean-Pierre et son jeune fils qui rentrent chez eux. Nous nous sommes déjà rencontrés : lui est un professionnel du spectacle français qui est tombé sous le charme de Rodrigues et d'une rodriguaise et qui y est resté. Son fils a pêché quelques écrevisses qu'ils ont mangé crus : "un délice" dit Jean-Pierre qui en a mangé le plus grand nombre.

Après leur départ, nous continuons notre chemin, mais la nuit s'annonce et tombe vite sous les tropiques. Jean-Pierre est déjà loin devant nous. Regarde dit Antoinette, le globe du soleil qui tombe dans la mer. Une boule, qui colore d'orange et d'ocre les quelques nuages qui l'entourent, disparaît à l'horizon dans l'océan. L'obscurité s'installe rapidement et il fait noir quand nous arrivons "kot lacaze", à la maison. C'est cela aussi Rodrigues, de longues soirées à la lumière des lampes, car le soleil est un couche tôt. Moi qui suis plutôt couche tard en France, je suis obligé de m'adapter ici. Cliquez ici pour voir des photos de la mer et du lagon.

Durant le repas du soir Audrey parlera de la préparation de la fête de ses 18 ans. Ce sera pour le lundi 22 et il ne reste qu'une semaine. Cela la préoccupe-t-elle plus que les examens qu'elle doit passer le jour même ?

premier samedi à Rodrigues

Samedi 14 juin 2008 :

Réveil au chant du coq et des oiseaux à 6h00. Il a plus cette nuit comme presque toutes les nuits depuis mon arrivée. Je vais passer la matinée à essayer et réussir à réinstaller le pilote du scanner.

Je mets aussi à jour mon blog. J'ai enfin fini de narrer mon voyage et ses péripéties. Il faut que je passe maintenant à la description des journées ici et des lieux. Si vous voulez en voir des photos, cliquez ici . Je répète, à qui veut bien l'entendre, que je ne suis pas en vacances mais en retraite, mais quelle différence cela fait-il ? Chacun sait que je ne peux rester sans rien faire, sinon le sommeil diurne et ses désagréments me guette. La liste des choses à faire s'allonge donc : la réinstallation du pilote du scanner en faisait partie.


L'après midi je verrai avec plaisir une "petite" partie de la famille d'Antoinette qui vient rendre visite. La mère d'Antoinette est toujours vaillante et souriante. Selon la formule consacrée, on ne lui donnerait sûrement pas son âge. Gérard, le dernier enfant l'accompagne avec sa femme et leur bébé Yaelle de 8 mois : l'âge de l'angoisse des étrangers. Elle n'est pas rassurée en me voyant et s'effraie quand Antoinette qui la porte lui pose sa main sur ma barbe blanche.

Bertrand montre à l'ordinateur le montage qu'il vient de faire sur leur dernière fête du cochon. Toute la famille est là, chante, joue des instruments de musique, danse et s'amuse dans le garage, pendant que dehors, au cours de cette fête, les éclairs d'un orage illuminent le ciel du soir qui tombe. C'est tout juste si les spectateurs ne se remettent pas à chanter et à danser : les corps bougent en rythme et la maman d'Antoinette n'est pas la dernière. Rodrigues c'est cela aussi, la rencontre des gens dans la joie et dans la fête.

La recette des boulettes de poisson à la chinoise

Vendredi 13 mai 2008 :

Ce matin, il y a énormément de vent. Il souffle parfois en très fortes rafales, accompagné de beaucoup de nuages. Tiens il a plu cette nuit et il pleut de nouveau ! Rodrigues est verte de plaisir !

La pluie a été rapide, et elle a déjà cessé.

Au cours d'un repas précédent, nous avions mangé des boulettes de poissons à la chinoise achetées dans le commerce et fabriquées industriellement. Elles sont bonnes mais elles semblent spongieuses et faites en plastiques. Benoît va ce matin à Port Mathurin pour apprendre à les faire avec une dame chinoise qui tenait un restaurant. Celle-ci nous accueille après avoir fait taire sa meute de chiens en leur donnant une pâté de riz et de boulettes de viande.5 ou 6 chiots courent dans tous les sens : c'est la multiplication des chiens ! La présence des chiens à Rodrigues est sans doute l'une des plaies oubliées par la bible qui aurait le plus vite fait plié Pharaon. Pour le moment, cette dame nous introduit dans sa cuisine. Benoît a apporté dans sa "tante" les filets de poisson acheté hier après-midi : c'est du cateau "le meilleur poisson, selon Benoît. Que je vous dise enfin qu'une "tante" rodriguaise peut être une personne, mais, quand on y met dedans du poisson ou n'importe quel autre objet, c'est un sac fabriqué ici, très souvent tressé avec des lanières de vacoas. Cette tante peut prendre toutes les formes, carrés, rectangulaires, etc.…
Avant de nous montrer comment faire, cette dame sort de son sac une vingtaine de boulettes de viande qu’elle a déjà préparée et qui sont dans son réfrigérateur. Elle les met à réchauffer dans l’eau qui a déjà servi à les fabriquer et nous les fera goûter en les trempant dans une sauce soja. C’est bon.

Finalement, faire des boulettes de poissons est très simple.

Il faut prendre les filets d'un bon poisson. Les laisser bien refroidir quelque temps dans le frigo voir le congélo. Ca durcit la viande de poisson nous dit la dame et c'est plus facile à préparer. Il faut ensuite enlever la peau au préalable. (le préalable étant comme chacun sait un gros couteau ou un hachoir). Il faut découper, une première fois, les filets en petits morceaux et les passer au mixer pour obtenir une pâtée consistante mais pas trop hachée menue. Mélanger à cette pâtée de la farine de Maïzena mouillée "à l'eau du robinet" suivant les souhaits. Elle semble avoir mis environ 200 gr de maïzena pour 3 kilos de poissons. Après avoir mis un peu de sel pour relever le goût, elle mélange le tout à la main pour faire une pâte consistante. Il faut même la "taper" dans le récipient pour enlever le maximum d'air, mais sans forcer non plus.

Il faut ensuite prendre la pâte en main, en faire sortir dans le creux de la main gauche entre le pouce et l'index la quantité d'une grosse noix et l'enlever avec une cuillère que l'on trempe de temps en temps dans de l'eau "du robinet" pour éviter que cela ne colle de trop. On jette cette noix de poisson dans une eau chaude (pas trop !) qui a été préparée comme pour faire un court bouillon. 'C'est là que Benoît à mis toutes ses herbes et a fait cuire en plus la peau du poisson qu'il avait rapporté bien sûr !
La noix doit gonfler dans l'eau chaude et il faut goûter pour savoir quand cela est cuit. Je pense que c'est une habitude à prendre, mais je ne peux donner de temps précis, Benoît ayant déjà mis à cuire les boulettes quand je suis rentré de Port Mathurin à pied. Lui était à moto et partait ensuite à une réunion. Cela se mange accompagné de riz (ou autre chose) en se trempant dans une sauce soja ou dans une sauce aigre douce.
Nous en avons mangé ce midi ; c'est meilleur que l'industriel acheté dans le commerce mais évidemment, Benoît n'a pas pu s'empêcher de finir de les préparer et de les cuire à la créole.

La fontaine du coeur !

Je profite du calme de l'après-midi pour faire faire à la "fontaine du cœur" une très sérieuse cure d'amaigrissement avec coupe sombre et coups de sécateur à répétition. J’ai l’impression de me mettre à débroussailler une vraie forêt vierge. Les moustiques n'ont pas apprécié et m'ont littéralement bouffé. Je suis donc rentré mettre mon jeans et du produit contre les moustiques. La végétation envahit tout et si l'eau doit se mettre à couler, de nouveau et sans fuite il faut avoir une vue claire de l'ensemble. Manifestement, certaines essences qui y ont été placées sont trop envahissantes, il faudra y mettre davantage de fleurs qui ne poussent pas trop en hauteur.

Ce soir, j'avais oublié que la nuit tombe aussi vite à Rodrigues. C'est vrai,de plus,que nous sommes en hiver. (54 k ! Ce ne sont ni des kilos ni des kilos octets mais le nombre de K qui a défilé sur mon écran pendant que je faisais un très court accès de narcolepsie… je dormirai mieux dans mon lit ! Il est 10 h 45)

la cueillette du café à Vainqueur

jeudi matin 12 juin

Dès "matin, grand matin" selon l'expression rodriguaise, nous partons à 3 versVainqueur pour la cueillette du café. Vainqueur, est situé dans une des nombreuses vallées de Rodrigues. Pour y parvenir, après avoir garé le 4X4, quand nous ne pouvons aller plus loin avec lui, il faut prendre un petit chemin qui serpente le long de la colline puis s'enfonce résolument, comme nos chemins "creux" français, sous les frondaisons de la forêt. Avant d'arriver à la plantation, j'aide Fred à réinstaller le portail et le grillage de la clôture qui se sont cassés. Fred a déjà cimenté dans la roche un autre pieux en fer. Nous rejoignons très vite Benoît qui a commencé la cueillette. C'est un lieu magique où les parents Jolicœur ont vécu dans "so lacaze" en y élevant leurs 7 enfants.

De lacaze, il ne reste plus que quelques moellons qui ont servi aux bases de la construction. Les anciennes constructions rodriguaises qui se situaient au fond des vallées, plus abritées des cyclones mais aussi moins exposés au bienfait du soleil, ont, progressivement grimpé les collines pour, maintenant, se dresser parfois fièrement au sommet des collines et des falaises face à l'océan.
Benoît a transformé ce lieu en un "jardin tropical" où il réintroduit progressivement toutes les plantes endémiques de son île. Ce matin, c'est surtout les 60 "pié café" qui nous préoccupent. C'est la pleine récolte. Il faudra cependant revenir car tous les grains ne sont pas encore suffisamment mûrs.

Au retour, Benoît à une course à faire à Port Mathurin.

Nous nous arrêtons à la gare routière. Le pont en ciment a été démoli, parce que jugé dangereux. Il devrait être reconstruit. Maintenant, il faut passer par une passerelle un peu branlante, faite de tubes en fer et de plaques qui enjambent, on ne sait par quel miracle, le bras de mer ou le petit estuaire de la rivière qui sépare la gare routière du reste de la ville. Là, juste à l'entrée de la capitale de l'île, s'est développé un nouveau marché qui m'apparaît spontané et qui est, de fait, permanent. Les boutiques sont des "constructions" typiquement rodriguaises, en perches, en feuille de palmier et en tôles. Il y a de la vie, de l'animation et du commerce. La première boutique que je remarque c'est le marchand de "dall puree" – prononcez "dol pouri" – une merveille. C'est un plat apporté de l'Inde et arrivé à Rodrigues via les résidents mauriciens. C'est le premier commerce permanent que je vois de ces galettes, les autres vendeurs parcourent l'île avec leur vélo, leur chariot ou leur brouette. Tous les ingrédients sont réunis dans une petite caisse en bois : les galettes, la purée de pois cassé, les différentes sauces et l'assaisonnement de piment. Je ne peux résister au plaisir. Je les prends pimentées, Benoît choisit un autre assaisonnement.

En retournant vers la voiture nous croisons Jean B. sur le pont. C'est un commerçant de Petit Gabriel dont la boutique en tôle avait été démolie lors d'un cyclone. Lorsque je l'avais revu avec Rosaire Perrine en 2005, sa boutique avait été reconstruite en ciment et il commençait à commercer à la gare routière. Aujourd'hui, il n'a pas le moral et il nous apprend que sa femme vient d'être hospitalisée. Lui est cuisinier de profession et sa femme tressait les "tantes", les sacs, les chapeaux… enfin tout ce qui peut se faire avec les produits locaux et en particulier avec les lanières de vacoas. Sur le chemin du retour, le passager d'une moto qui nous croise, me fera de grands signes de la main. Je reconnaîtrai Jean-Paul Samoisy, Aurélio ! Je l'avais averti de ma venue.

Les changements à la Résidence Foulsafat.

mercredi 11 juin 2008

J'ai l'impression d'avoir quitté la famille Jolicœur il n'y a que quelques mois et pourtant ! Les changements sont bien visibles même si tout paraît identique à 2005.
Le changement le plus important est la construction de lacaze Ross, entendez, "le gîte en pierre noire volcanique" dans le style traditionnel des premières lacazes de l'île Rodrigues. Celle-ci est couverte en tôle, mais auparavant elles étaient couvertes en feuilles de latanier. Il fallait plusieurs centaines de feuilles décomptées et payées à l'unité.

A la résidence Foulsafat, c'est une petite construction d'une seule chambre avec le confort courant et un espace petit déjeuner avec les accessoires de cuisine nécessaires pour être autonome. La varangue ou véranda n'est pas directement attenante à la construction mais une petite passerelle en bois conduit à une petite guérite couverte où il fait bon se retrouver à deux pour manger, discuter, lire et regarder l'océan et le lagon qui s'étendent juste devant vos yeux. Tout cela l'a fait aussi nommer "lacaze lune de miel". Et l'autre ? Demanderait mon ami Alain !

Les arbres que l'on appelle "pié" en créole et les fleurs se sont tous développés et font du lieu un espace ombragé et calme, face au soleil et au lagon. Il y a même une certaine luxuriance inhabituelle pour moi qui suis plus habitué aux périodes de sécheresse récurrentes malheureusement dans cette île. La clôture de la ferme a été modifiée heureusement et a permis de développer la plantation de petits limons spécifiques à l'île Rodrigues ainsi que des fleurs tropicales qui occupent pour le bonheur des yeux et de l'odorat de plus en plus de place. Caroline la tortue est accompagnée de deux autres tortues qui ne sont là qu'en pension. Lorsque j'arrive elles me montrent toutes leur arrière train, préoccupées qu'elles sont de trouver dans les recoins de leur petit enclos un peu de fraîcheur. Benoît espère que dans le tas de sable à leur disposition, elles viennent d'y enfouir leurs œufs. Mais surtout, ne pas vérifier ! La couvaison d'œufs de tortue est beaucoup plus délicate que celle des poules.

L'autre changement s'entend à certains moments de la semaine. Bertrand, avec l'autorisation parentale et l'aide d'un groupe de copain musicien squatte le sous-sol de la résidence avec synthé, batterie, accordéon, ampli, table de mixage. Tout ce qu'il faut pour faire de la bonne musique. Il voudrait y ajouter des cuivres : trompette et saxo que je n'ai jusqu'ici ni vu ni entendu.

samedi 14 juin 2008

Enfin en route vers Rodrigues

Mardi matin 10 juin 2008 à 7h23

Je continue mes notes sur mes péripéties de voyage sur un petit bloc notes qu'Évelyne vient de m’apporter. Je viens de trier les nombreux coupons de notes dont je dispose désormais et qui s'ajoutent au poids de mes bagages. Je constate que je devrais être dans l'avion entre Maurice et Rodrigues après avoir atterri une première fois à Maurice et avoir patienté une heure environ pour repartir vers Rodrigues et je suis là à poireauter dans cet aéroport que je commence à connaître dans ses moindres recoins. Je suis même passé par les souterrains du terminal B au terminal A, ce qui ne doit pas être très fréquent pour les voyageurs et qui semblait surprendre un peu le personnel qui circulait dans ce souterrain.

Reprenons, j'attendais Évelyne à la gare SNCF. Narcolepsie oblige, plusieurs fois au cours de la journée, je me suis assis pour faire des siestes répétées. C'est ma façon à la fois d'exprimer et de faire face à mon stress. Il ne me reste que 40 minutes avant qu'elle n'arrive. Une dernière petite sieste et je serai en forme pour la recevoir. Je dors tellement et tellement bien que je crois encore avoir une hallucination quand je sens une main de femme me toucher le dos en me tendant mon passeport de l'autre main. Non ! C'est Évelyne. Elle a pris le bon escalator et voyant, de loin, quelqu'un dormir sur un banc, elle m'a reconnu. Si la narco détruit temporairement mes propres repères, elle peut aussi servir de repères … aux autres. Positivons ! Positivons disent les matheux optimistes.

Pourquoi parler de narco ? Ce n'est pas pour en faire une excuse mais pour essayer de comprendre ce qui m'est arrivé.

L'explication simpliste de l'acte manqué ne me satisfait pas entièrement. En premier lieu parce que, dans mes études, j'ai appris avec Monsieur Lantéri-Laura, qu'il y avait toujours plusieurs niveaux d'interprétations possibles et que ces niveaux s'intriquaient à l'infini. Alors pourquoi s'arrêter à un niveau plutôt qu'à un autre ? Pourquoi penser que nous sommes à un terminal freudien (terminal F) alors que le train de nos pensées continuent son chemin (de faire) sur ses rails hypothétiques, heuristiques et erratiques. Ouf ! Les analystes des auto analyses de Freud ont souvent montré que le plus intéressant n'étaient pas les propres analyses du grand maître mais celle des oublis ou des erreurs réelles et objectives qu'il pouvait faire. Cela pouvait changer profondément le sens de ses interprétations. Celles-ci se ramenaient alors à ce qu'elles sont trop souvent : une explication, parmi d'autres possibles, qui tient en général plus du préjugé défavorable ou de la croyance culpabilisante que d'une démarche scientifique.

Certes j'oublie ! J'oublie même souvent ! Ne criez pas "Alzheimer" trop tôt comme des moutons bêlants, pour faire allégeance à l'illusoire et à la sacro sainte pensée médicale unique ! Il n'y est vraisemblablement pour rien ce brave inventeur de la pathologie à la mode. Les études sur le sommeil et la narcolepsie montrent que notre cerveau, celui du maigre troupeau des narcos, de temps en temps, ne possèdent plus le carburant nécessaire pour alimenter ses capacités de faire (et de fer !) attention. Pour faire face, il faut faire attention, une attention de fer, une santé de fer. Je plagie ! C'est le chien qui tourne sur lui-même pour essayer d'atteindre l'impossible : se mordre la queue. Essayez messieurs, vous verrez ! Quant aux dames … !

Bref si… si … ! Je l'avais pourtant préparé et vérifié ce passeport. Je l'avais mis alors en évidence sous mes yeux quand je travaille devant mon ordinateur. J'aurais dû pourtant me rappeler. J'ai demandé pendant plusieurs mois à une amie documentaliste de me renvoyer deux CdRom qu'elle avait fait pour moi parce que je pensais les avoir perdu. Jusqu'au jour où je me suis aperçu qu'ils "traînaient" ou qu'ils "trônaient" – c'est selon ! – sur cette fameuse étagère à 50 cm de mes yeux. Je les avais mis là pour ne pas les oublier, bien sûr ! C'est l'étagère des oublis, heureusement toute petite, mais …

Il n'y a pas eu le déclic nécessaire hier matin et Évelyne n'a pas pensé faire ce qu'elle fait parfois : "oser" me demander si je n'oublie rien. J'écris "oser" car, parfois, je prends mal cette sollicitude, amoureuse peut-être, pourtant nécessaire dans mon cas, mais que je juge alors "infantilisante".

Être handicapé, dans notre société française, oblige presque à toujours solliciter l'aide de l'autre.

Elle en rajoute même parfois. J'ai pu l'observer dans maints endroits publics et dans cet aéroport. Prenez les escalators : cela peut-être pratiques pour les personnes handicapées, sauf que, maintenant, on y rajoute des plots. Cest une protection, soit ! mais pour qui ? Le passage des ces plots rapprochés qui s'avère parfois difficile pour des personnes dites "normales" tient du parcours du combattant pour les personnes handicapées. Bien sûr, s'il le faut, ces plots peuvent se soulever mais il faut "demander de l'aide" pour cela. La solution serait pourtant simple : aménager un seul espace plus grand que les autres, pour faciliter le passage tout en garantissant suffisamment la sécurité des personnes valides. Il faut bien reconnaître que les bureaucrates qui nous pondent de tels aménagements, capables d'emmerder tout le monde, ne sont handicapés que d'une chose : le bon sens pratique que l'on ne retrouve jamais au fond des tiroirs de leur bureau. Voulez-vous un autre exemple ? Ce matin, la nature me demande son dû en matières odorantes. Je me rends donc au petit coin, très bien aménagé dans cet aéroport il faut le reconnaître. Mais pour entrer un seul choix : laisser votre chariot avec vos bagages, dehors, pendant que vous êtes dedans. C'est risqué ! Vous vous voyez courir avec la chose au c… parce qu'une personne "distraite" est en train de "distraire" vos bagages en les prenant pour les siens. Moi non ! Je décide donc, malotru que je suis – les espagnols prononcent malotrou – d'aller dans l'espace large et confortable réservé aux handicapés.

Bien sûr, il existe, mais il est fermé durant la nuit ! Bien sûr, il y a un interphone pour demander de l'aide ! Pourquoi cet espace est-il fermé alors que tous les autres sont ouverts toute la nuit ? Ce doit être cela que l'on appelle la "discrimination positive" : faire davantage attention aux handicapés en les obligeant à s'occuper des valides pour leur demander de l'aide. Je ne poserai pas la question et je ne demanderai pas d'aide, même si je suis atteins de ce que l'on nomme pudiquement "un handicap invisible".

Ma solution : faire entrer un à un mes bagages dans le petit réduit salvateur et laisser le chariot vide dehors.
Une fois dans les lieux, c'est bien connu, il faut toujours vérifier que les papiers sont en règle, je veux dire présents. Les papiers du passeport, s'ils existent sont à déconseiller dans ce cas-là. Vous vous voyez courir après votre voleur de chariot, l'arrière train encombré de la chose qui ne veut jamais se décoller dans cette situation toujours scabreuse, eschatologique et pas très catholique (pardon monsieur le curé, c'est scatologique qu'il faut dire !)

Ouf ! Il était temps ! Mais, une fois installé confortablement, un autre fait pique ma curiosité : c'est la première fois que je vois un double dévidoir de taille différente. Il y a un gros rouleau dont on ne trouve jamais le début qui reste toujours collé à la périphérie interminable du système et un petit rouleau. Le petit rouleau est-il en dépannage quand le gros est vide ou lycée de Versailles ? Y a-t-il un gros rouleau pour les gros culs et un petit rouleau pour les petits culs ? (J'ai du mal à terminer mes phrases, car cela fait deux fois que je sombre dans la narco. J'ai la sensation d'avoir des pensées de rêves ou des hallucinations, Allez savoir ! Mais je n'arrive pas à me souvenir de leur contenu ! Allez debout ! Active-toi Marcel le Narco et dis merci à monsieur Renan Luce.)

Revenons donc, après ces digressions, à ce qui nous intéresse : comment passer la nuit dans un aéroport sans faire de frais ?

La solution est simple : rester dedans ! L'hôtel n'est pas confortable mais il est gratuit. À nous voir tous les deux ainsi assis ou assis ainsi, selon votre choix, je viens à me souvenir de l'émission radiophonique d'un certain Raymond Souplex avec une certaine Jeanne Sourza (!??) je crois. L'émission s'appelait "sur le banc" : ils y faisaient part de leurs réflexions à la fois humoristiques et désabusée, amusées et amusantes sur les vicissitudes de leur monde.

Comme un bateau à la dérive, chacun prend son quart de veille. Je dois avouer qu'Évelyne est beaucoup plus souvent de quart que moi. Un bon quart dépassé de plusieurs demis ! Garçon remettez nous cela ! Évelyne se pose une question d'importance pratique : comment font les personnes que nous voyons pour s'allonger sur les rangées de fauteuil avec les accoudoirs au milieu. C'est un mariage acrobatique et contorsionniste entre les excroissances métalliques et les creux et les bosses des personnes. Pour fréquenter les aéroports, il est donc plus pratique d'être anorexique que bien enveloppé.

Bien que le bar, la Pomme de Pain, soit fermé en théorie, la serveuse qui finit de nettoyer, accepte de me servir un simple jus d'orange. Voilà, je lui fais de la pub gratuite en remerciement. Ce sera mon seul repas du soir. Évelyne ne veut rien ! Le stress et la fatigue occasionnés par les problèmes que je lui pose lui coupe l'appétit.

J'ai de nouveau en écrivant ces mots des accès narcoleptiques et des rêves bizarres : Un serveur se précipite vers des clients du bar en criant "Dieu !" et en se nettoyant en vitesse les mains à son tablier blanc. J'ai déjà oublié ce que faisaient ces clients mais je "sais" qu'ils faisaient quelque chose de bizarre. Tout cela ne dure que quelques secondes et je me remets à écrire.
À mon dernier réveil ce matin du mardi 10 juin 2008, à 4 h 45, je peux me croire transporter en Espagne. Les bancs autour de nous sont tous occupés par des personnes qui parlent espagnols. Je suis leur conversation, car c'est la langue étrangère que je connais le mieux, l'ayant pratiqué durant mes études pendant 7 ans. Non ce n'est pas une hallucination, c'est bien la réalité ! "Dur ! Dur d'être narco !"

À 5 h 05, le bar la Pomme de Pain ouvre ses portes. La pub est toujours gratuite ! Les espagnols envahissent. La question est à creuser : les invasions étrangères ont-elles suivi la route des bars et du café ?

Départ d'Évelyne

Puis nous allons, Évelyne et moi, de nouveau vers la gare TGV. Pour ne pas risquer de payer encore de taxe pour surpoids de "bagages à main sur roulettes ", nous nous installons dans un endroit à l'écart du passage et je me déleste encore du disque dur externe que j'avais emmené pour stocker mes vidéos. Il pèse matériellement en kilos et hypothétiquement en euros. Je me déleste des octets superflus. Cela me fend le cœur de les laisser partir. Je ferai dire une messe d'octave pour ces défunts octets ! Non je ne suis pas Octave l'octogénaire qui joue à l'octave sur ses octets ! Je suis Marcel le narco ! Mettez le cerveau d'un narco en état de grand stress, il entre aussitôt en ébullition bouillonnante, excessive, mais heureusement temporaire et non dangereuse pour sa survie !

À vrai dire, ce sont surtout les livres qui pèsent. La science livresque a du poids ! Je n'aurai pas dû sacrifier ma veste à poches multiples ce matin. Au moins j'aurai pu me barder le corps des livres les plus pesants, en bon breton que je suis, les bardes ça me connaît. Mais il est trop tard ! les regrets sont superflus et les messes du souvenir à ranger au placard des idées moribondes.
Il me tarde d'entendre Benoît dire, en allongeant son corps sur sa chaise longue, le soir sous la varangue et en dégustant son rhum arrangé à la bangélique : "Ah que la vie est dure !". Dieu que le son du cor est triste le soir au fond des bois et Dieu qu'il me tarde d'être à la résidence Foulsafat à Rodrigues.

Évelyne repart tôt pour prendre le RER qui l'emmènera à Montparnasse où un train l'attend à 8 h 30, malgré la grève. Il est 10 h 12 quand j'écris ces lignes ; elle doit être arrivée à Nantes… J'espère… ma pensée la suit.

Étant à la gare de Charles, j'attends ! Excusez-moi, je n'ai rien d'autres à faire.

Embarquement en vue !

Ouf ! Ça y est ! Mon café est pris, toujours à la Pomme de Pain ! Mes médocs aussi ! L'embarquement électronique est fait… Le surpoids est passé comme une petite malle dans la zoute ! Ceci fait toujours penser, après-coup : "j'aurais pu en mettre davantage… finalement. Le "toujours plus haut" de la chanson se transforme en "toujours plus gros !" Dangereux leitmotiv et dangereuse tentation à l'obésité qui guette tous les boulimiques du risque et de la frontière à truander.

Depuis hier matin, je ne compte plus le nombre de café, solitaire et non accompagné, que j'ai ingurgité. À ce régime d'anorexique, je vais bientôt me mettre à planer, ce qui est le propre des états de jeûnes plus ou moins vieux ! Le jeune qui jeûne peut gêner ses gênes dit le génois, sans gêne, au grand foc ! Mais dans l'immédiat la pensée paranoïde, différente de la paranoïa (diraient en chœur, mes amis psys) c'est de ne pas se faire voler en surveillant le reste de mes bagages à main que l'on traîne maintenant à roulettes. Notre vieux langage a du mal à suivre les évolutions et les subtilités des appellations des progrès techniques. J'ai mis de côté toutes les cartes, maintenant obsolètes et qui grossissaient mon portefeuille quasi inutilement. Identité illusoire d'un monde robotisé, Adieu ! Nouvelle vie me voilà… bientôt !

Je reprends mon papier et mon stylo, car l'aventure n'est jamais fini ! Cette fois-ci, je n'y suis pour rien !
Mon passage d'une douane pour la 29ème fois où je prends l'avion et les 10 pays étrangers où j'ai pu aller, ne s'est jamais aussi bien passé. J'ai tellement peu voyager que je peux encore compter le nombre de mes voyages. Alzheimer où es-tu ?

Des messieurs fort polis et des dames très gentilles et très bien mises, tous et toutes m'ont très bien appris et j'ai utilisé pour la première fois un billet électronique. Je ne peux malheureusement pas choisir une place près d'un hublot, Elles sont toutes prises déjà. J'en choisis une au centre en bordure de l'allée. L'employé au comptoir me l'a bien redit, plusieurs fois, il a même entouré le numéro au feutre rouge : je dois me rendre à la "gate" F56, la salle d'attente et la porte F56. Facile ! Tant de sollicitude devrait me paraître suspect, cela cache-t-il un piège ?

Il est 12 h 30, je n'ai même pas eu de contrôle de mon "bagage à main sur roulettes" avant de le passer au scanner, pour me délester de tout ce qui serait interdit. Le portique que je passe ne sonne même pas. Cela me surprend agréablement, habitué que je suis à être toujours à la frange de la norme. Peut-être suis-je en train de devenir "Le" voyageur lambda. Je m'installe confortablement dans la zone F56 encore peu occupée, calme et silencieuse. Je me mets à lire et pendant que je lis le temps m'échappe toujours. Une chose me turlupine cependant : l'écran d'affichage ne parle que de l'avion pour Shanghai à 15 h 55. Même si le départ pour Maurice n'est qu'à 16 h 15, cela ferait court entre les deux. L'atmosphère est toujours calme et silencieuse dans cette salle d'attente. Je me lève dans l'intention d'aller faire un tour voir les boutiques de Duty free, mais je téléphone à Évelyne auparavant, pour la rassurer. Tout va bien ! Le bureau d'accueil étant pour une fois totalement désert – j'ai horreur d'attendre à un guichet – je vais m'informer.

"Ce n'est pas le F56 mais le F54".

Je réponds à l'employé que j'ai ma carte d'embarquement du matin pour le F56. "Cela a changé depuis" me répond-il laconique. Je m'installe en F56 et, heureuse surprise, j'entends enfin parler créole. Les mauriciens sont d'incorrigibles parleurs ! Quel plaisir !

A l'instant, les hauts parleurs et les écrans annoncent que notre vol prévu à 16 h 15 est reporté à 16 h 30. "Tout est pour le mieux" dirait le professeur Panglosse à Candide, mais je ne suis pas encore parti.
Je vous en conjure, si vous avez horreur des suspens et des drôles d'aventures, ne voyagez pas avec moi.

"Partir ! oh partir !
"Je sens que des oiseaux sont ivres d'être parmi l'écume inconnue et les cieux !"
"Steamer, balançant ta mature, lève l'ancre pour une exotique nature !"
"Mais peut-être les mâts annonçant les orages"
"sont-ils de ceux qu'un vent pousse vers les naufrages ?"
"Perdus, sans mât, sans mât ni fertiles îlots."
"Mais oh mon cœur entends le chant des matelots."

Enfin dans l'avion.

Je suis assis près d'un jeune couple qui ne connaît pas le français, mais parle correctement l'anglais à l'hôtesse. Entre eux, ils semblent parler une langue slave. Nous n'aurons aucune relation entre nous, à part le fait de les laisser passer une fois pour un tour dans l'avion.

Ce mercredi matin, situé entre deux fuseaux horaires, il ne reste plus que 38 minutes de vol pour 450 km à parcourir. Il est 5 h 00, heure locale et nous atterrissons à 5 h 38, heure de Maurice. La température extérieure est de -48° Celsius soit 54° Fahrenheit. L'altitude est de 11 277 mètres soit 37 000 feet. 22° au sol sont annoncés à Maurice. Parmi tous ses chiffres, il y a une chose que je ne comprendrai pas. En théorie, j'ai donc presque une heure et demie d'attente pour l'avion de Rodrigues prévue à 7 H 00.

Nous avons durant la nuit, survolé la chaîne des Alpes, longé la botte italienne par l'Ouest, passé entre la Sardaigne et la Sicile, atteint la côte égyptienne en survolant la vallée du Nil et les pyramides. Puis c'est Addis Ababa, Nairobi, Dar es Salam. Plusieurs fois au-dessus de l'Afrique, le signal de boucler sa ceinture a retenti et on sentait l'avion secoué, comme pris en main par quelque force énorme qui s’amuserait avec lui. Nous avons commencé à survoler l'Océan Indien à hauteur Nord Ouest des Seychelles, survolé la pointe Nord Est de Madagascar pour arriver bientôt à l'aéroport de Maurice, à Mahébourg, avec un temps légèrement nuageux et couvert dit le commandant de bord. Il ne fait que 22° au sol.

La nuit n'a pas toujours été calme

Un jeune garçon, Aurélien, de 2 ou 3ans que j'avais déjà remarqué à l'aéroport pour sa turbulence, s'est comporté comme un horrible gamin tel qu'on ne sait en faire que dans les plus mauvais films américains. Sa grande sœur, est par contre une jolie demoiselle au sourire adorable, aux grands cheveux noirs et aux yeux sombres et rieurs. Plusieurs fois, ce jeune garçon est venu me cogner le bras, alors que je me reposais et que sa mère lui demandait de rester tranquille. Celle-ci, une jeune femme d'origine mauricienne, vient prendre quelques vacances en amenant ses enfants voir leurs grands parents. Ceci semble exciter son jeune fils s'excuse-t-elle en parlant à d'autres personnes. Elle restera toujours calme, sans élever la voix. Elle restera ferme, sans pour cela être totalement obéi de son jeune fils excité et décidé à être le plus désagréable possible. À un moment de la nuit où il dormait enfin calmement dans les bras de sa mère, celle-ci a voulu le déposer dans un fauteuil vide derrière elle, sans doute pour se reposer un peu elle aussi. Il s'est alors réveillé et ce furent pendant 20 minutes, contorsions, pleurs et cris que sa mère essayait de contenir en le tenant contre elle. Il a fini par céder de nouveau au sommeil. Ce matin il est calme et réveillé dans les bras de sa maman.

Au bruit des aérofreins succède maintenant le calme de la descente et les lumières de l'île Maurice grandissent au loin. Voilà, l'avion a touché le sol. Il est 5h45 et il fait toujours 22° annonce le commandant de bord. Quelques applaudissements se font entendre. Il ne me reste plus qu'à attendre l'avion de Rodrigues. Vous ai-je dit que la poignée rétractable de mon bagage de cabine m'a réservé une mauvaise surprise à sa façon. En tirant dessus pour entrer dans l’avion, l'une des branches est sortie de son logement et refuse obstinément d'y retourner. J'ai donc tout enlevé. Je réparerai cela plus tard avec le outils adéquats ou plutôt à Rodrigues. Je sais maintenant ce que c'est la coïonnerie (selon le mot de Voltaire) d'avoir une valise sans poignée.

Aurélien recommence des contorsions aussitôt que l'avion s'est arrêté. Il s'allonge sur le sol jonché de tous les jouets qu'il a éparpillé devant le siège de sa maman qui prépare ses affaires.

L'avion est à peine arrêté que le commandant de bord donne ses consignes et ajoute "Monsieur Rousseau Marcel est prié de se présenter auprès du personnel au sol." L'avion a pris du retard et l'avion de Rodrigues part à 7 heures, je n'ai donc qu'un temps assez court pour toutes les formalités et une hôtesse se charge de me faire passer les contrôles le plus rapidement possible. Je suis donc le seul passager venant de France a continuer aussitôt sur l'île Rodrigues. L'efficacité et l'amabilité des hôtesses mauriciennes sont bien connues et non usurpées. Je me retrouve rapidement dans la salle d'attente pour Rodrigues, une fois les formalités rapidement expédiées.

En route pour Rodrigues

L'ATR 75 a rapidement pris de la hauteur et, pratiquement pendant tout le temps du voyage, a survolé plusieurs couches de nuages blancs. Chacune semble glisser à vitesse différente des autres et parfois dans une trouée, la mer, dont le sommet des vagues moutonne, se laisse apercevoir. La traversée aurait été un peu chahutée si j'avais pu prendre le bateau. De là-haut, le vol se passe sans incident. Au loin, on dirait que se profile une énorme falaise blanche comme si nous nous dirigions vers les banquises de l'Antarctique. Le temps de prendre une petite collation et l'avion replonge sous les nuages pour se préparer à atterrir.
C'est toujours un réel plaisir que de revoir Rodrigues après un long temps d'absence. Comme je suis placé à gauche de l'appareil, c'est d'abord l'ourlet blanc des brisants du lagon que j'aperçois. Puis l'île Cocos apparaît verte, enchâssée dans la collerette aux contours précis et clair de la plage continue qui l'entoure.

Sa petite sœur, l'île au sable fait pâle figure à côté d'elle. Un virage et nous voilà dans l'alignement de la piste. Le bout de l'île de plaine Corail est exceptionnellement vert. J'ai plutôt eu l'habitude de voir grise et rocailleuse cette partie au sol calcaire et ingrat de l'île. Les pluies de ces derniers jours ont été bienfaisantes. Les formalités à Rodrigues méritent bien leur nom, elles s'expédient sans problème et dans la tranquillité. Rodrigues porte en elle, à jamais je l’espère, ses qualités de calme, presque de recueillement.

Benoît et Antoinette ne sont pas à m'attendre comme je le pensais. Que se passe-t-il ? Charles est loin, mais j'attends sans m'inquiéter. Un premier taxi me demande s'il peut m'aider. Je réponds non. À la deuxième personne, je réponds que je vais chez Benoît Jolicœur. "à Jean Tac reprend-il". A sa réaction, je me dis qu'il connaît bien Benoît et Antoinette. Il reviendra quelques minutes plus tard, avant de partir avec une autre personne pour me dire. "Benoît Jolicœur a pris du retard, mais il est en route, il arrive." De fait, son 4X4 débouche quelques instants plus tard : il revient d'un enterrement de la maman d'un élève de Camp du Roi où intervient Antoinette. après les embrassades, il me dit qu'il est surpris que cet avion arrive aussi vite. Le voyage n'a duré qu'une heure et 10 minutes. La personne qui m'a renseigné est Sylvestre que je n'ai pas reconnu. Est-ce par le fait qu'il me semble avoir maigri et être devenu un homme mur et à l'allure élégante. Ce n'est plus le jeune au sortir de l'adolescence qui se lançait alors dans la vie que j'ai connu il y a maintenant plusieurs années. Lui m'avait reconnu et voyant Benoît absent, lui avait téléphoné discrètement pour lui indiquer que j'étais déjà arrivé. C'est ainsi, sans m'en dire la raison qu'il a pu me renseigner sur le retard de Benoît. Je me sens heureux, fatigué et las d'être là, enfin à bon port. Tout au long de la route qui longe l'épine dorsale de Rodrigues, je retrouve l'île, mon île que je m'accapare, sans vergogne, pour moi tout seul.